MAJORDOMES DE LA REINE
niière qualité, sont sous lui et dans son absolue dépendance. Il y a en Espagne la môme dispute qu'ici sur l'Adépendance de la chapelle du Roi du diocésain , qui empoche l'archevêque de Tolède de se trouver à la chapelle, où il ne veut pas aller sans y faire porter sa croix, que le patriarche des Indes n'y veut pas souffrir; et sur les autres prétentions d'exemption, ils se chamaillent toujours, et chacun en tire à soi quelque chose.
La Reine d'Espagne, outre ses dames, a aussi deux grands officiers , son majordome-major et son grand écuyer; mais elle n'a point de chapelle, de chancelier, ni les autres officiers qu'ont ici nos reines. Son majordomemajor a dans la maison de la Reine toutes les mêmes choses que celui du Roi a chez lui, et trois majordomes sous ses ordres, mais ceux-là sont d'une condition et d'une considération fort inférieure à ceux du Roi, qui ont les détails des fêtes, des spectacles, des cérémonies de toutes les sortes, et des logements, tandis que ceux de la Reine sont bornés aux détails intérieurs de sa maison sous son majordome-major. Celui-ci reçoit leur serment, ceux des autres officiers inférieurs qui sont sous sa charge, et ceux encore du grand écuyer de la Reine et de la camarera-mayor, et, comme celui du Roi, n'en prête point. Il partage en premier avec la camarera-mayor le commandement chez la Reine, même aux officiers extérieurs de sa chambre. Les meubles se font et se tendent par ses ordres, et hors les habits et l'écurie, il est ordonnateur de toutes les dépenses qui se font chez elle. II est placé derrière elle partout, à*la droite de la camareramayor, et a certains services, comme de présenter à la Reine sos gants, son éventail, son manchon, sa mantille, quand la camarera-mayor n'y est pas, et lui met même sa mantille en présence de ses autres dames. II ne laisse pas d'être fort considéré, quoique il n'ait rien hors de chez la Reine, et n'ait aucune distinction parmi les grands, comme à celui du Roi. Seulement il prend aux audiences de la Reine la première place au-dessus, d'eux, comme fiiit
CAVARERA-MATOR. 475
celui du Roi chez le Roi, à qui il ne la^ cède pas chez la Reine, et ne se trouve jamais aux audiences chez le Roi, comme celui du Roi ne va jamais à celles de la Reine; mais il va parmi les grands à la chapelle, et partout ailleurs avec euxf II est au-dessus de la camarera-mayor, même dans Tappartement de la Reine, y a plus d*autorité qu'elle, et entre chez la Reine à toute&heures, même quand elle est au lit ou qu elle se lève ou se couche. Cet emploi n'est que pour les grands, ainsi que celui de grand écuyer de la Reine, qui a sous lui un premier écuyer, dont il reçoit le serment, et il est chez elle entièrement comme est le grand écuyer du Roi chez lui, mais il n'ôte le service à personne au dehors, comme fait celui du Roi, et ne va point à six chevaux ou à six mules dans Madrid, quoique il se serve des équipages de la Reine. Il y a un carrosse de la Reine, où il n'entre que lui et son majordome-major à sa suite, et très-rarement quelquefois quelque grand d'Espagne très-distingué à qui le grand écuyer en fera l'honnêteté. Il y prend, comme celui du Roi, la première place.
La camarera-mayor rassemble les fonctions de notre* surinlendanle, de notre dame d'honneur et de notre dame d'atour. C'est toujours une grande d'Espagne, veuve, ordinairement vieille, et presque toujours de la première distinction. Elle loge au palais, elle présente les personnes de qualité à la Reine, elle entre chez elle à toute heure, et elle partage le commandement de la chambre avec le majordome-major. Sa charge répond en tout à celle du sommelier du corps. Elle ordonne des habits et des dépenses personnelles de la Reine, qu'elle ne doit jamais quitter, mais la suivre partout où elle va.
Elle entre presque toujours seule, mais de droit et la première, dans le carrosse où est la Reine quand le Roi n'y est pas, et ce n'est que par grande faveur et distinction si, très-rarement, quelque autre grande d'Espagne y es* appelée. Les bas officiers de la chambre la servent en beaucouD de choses, même chez elle, et elle use de beau-
476 DAMES DU PALAIS ET DAMES D'iIONNEUR.
coup de provisions de sa maison. Son appartement au palais est aussi meublé de la Reine. Le concert doit 6ti*c entier entre elle et le niajordome-major, et y est presque toujours, sans quoi il y auroit lieu à beaucoup de disputes I et de prétentions Tun sur l'autre. \
La Reine, après la camarera-mayor, a de deux sortes de dames, au nom desquelles il seroit aisé de se méprendre lourdement selon nos idées. Les premières sont précisément nos dames du palais, mais qui ont un service; les autres sont appelées senoras de honor^ dames dhonueur. Les dames du palais, et qui en ont le nom comme les nôtres, sont des femmes de grands d'Espagne, ou leurs belles-filles aînées, ou des héritières de grands, et mariées qui feront leurs maris grands, et de plus choisies parmi tout ce qu'il y a de plus considérable. Les dames d'honneur sont des dames d'un étage très-inférieur, et cette place ne convient pas aux personnes d'une qualité un peu distinguée. Les unes et les autres servent par semaine, suivent la Reine partout, sont de garde à certains temps dans son appartement, et toutes également dans la même * dépendance de la camarera-mayor, pour ne rien répéter, que les gentilshommes de la chambre sont du sommelier. En l'absence de la camarera-mayor, la plus ancienne dame du palais en semaine la supplée en tout. La camareramayor sert le Roi et la Reine quand ils mangent ensemble chez elle, ou la Reine seule quand le Roi n'y vient point et met un genou en terre pour leur donner à laver et à boire. Derrière elle sont les dames du palais de semaine, et derrière celles-ci les senoras d'honneur de semaine. Tout le service se fait par la camarera-mayor , et lui est présenté par les dames du palais, qui le reçoivent des senoras d'honor * ; celles-ci le vont prendre, à la porte, des femmes de chambre, à qui les officiers de la bouche le présentent, et cela tous les jours. La camarera-mayor est ordonnatrice de toute la dépense de la garde-robe de la Reine.
1. On voit que Saint-Simon varie sur l'orthographe de ce nom.