MONSIEUR DE MEAUX CONSULTE
Pendant ces dégoûts, la Reynie interrogea plusieurs fois M"* Guyon et le P. la Combe. Il se répandit que ce barnabite disoit beaucoup, mais que M"* Guyon se défendoit avec beaucoup d*esprit et de réserve. Les écrits continuoient. Le Roi loua publiquement l'histoire de toute cette affaire, que Monsieur de Meaux lui avoit présentée, et dit qu'il n'y avoit pas avancé un mot qui ne fût vrai. Monsieur de Meaux étoit ce voyage-là fort brillant à Marly, et le Roi avoit chargé le nonce d'envoyer ce livre au Pape. Rome fut agitée de tout cet éclat : l'affaire, qui dormoit un peu à la congrégation du Saint-Office, où elle avoit été renvoyée, reprit couleur, et couleur qui commença h devenir fort louche pour Monsieur de Gambray.
Dans ces entrefaites, il arriva une chose qui ne laissa pas de m'importuner. Monsieur de Meaux étoit anciennement ami de Monsieur de la Trappe; il l'étoit allé voir quelquefois, et ils s'écrivoient de temps en temps; ils s'aimoient, et ils s'estimoient encore davantage. Monsieur de Meaux, dans les premières crises de la dispute, lui envoya ses premiers écrits, ceux que Monsieur de Cambray publia d'abord, et en même temps les Maximes des saints ; il le pria d'examiner ces différents ouvrages, et sans en faire un lui-même, dont il n'avoit ni le temps ni la santé, de lui mander franchement et en amitié ce qu'il en pensoit. Monsieur de la Trappe lut attentivement tout ce que Monsieur de Meaux lui avoit envoyé. Tout savant et grand théologien qu'il fût, le livre des Maximes des saints rétonna et le scandalisa beaucoup. Plus il l'étudia, et plus ces mêmes sentiments le pénétrèrent. Il fallut enfin répondre, après avoir bien examiné. Il crut répondre en particulier et à son ami; il compta qu'il n'écrivoit qu'à lui, et que sa lettre ne seroit vue de personne ; il ne la mesura donc point comme on fait un jugement, et il manda tout net à Monsieur de Meaux, après une dissertation fort courte, que si Monsieur de Cambray avoit raison, il falloit brûler l'Ëvangile et se plaindre de