CHASSÉS ET REMPLACÉS
toit le pied ; il falloit attendre dans la chambre du Roi ou dans les salons, mêlés' avec tout le courtisan, et cette attente prenoit une grande partie de la matinée, lorsqu'il n*y avoit pas conseil, qui y étoit bien moins fréquent qu'à Versailles. Pour les dames, les plus retirées partout ailleurs ne le pouvoient guère être à Marly : elles s'assembloient pour le dîner, presque jusqu*au souper elles demeuroient dans le salon, et par-ci par-là, les distinguées dans la première pièce de Tappartement de M"* de Maintenon, où elle ni le Roi ne se tenoient pas, mais où elles le voyoient passer plus à leur aise, et mieux remarquées.
M"** de Chevreuse et de Beauvillier, accoutumées à voir rélite des dames se ramasser autour d'elles partout, se trouvèrent, tout ce voyage-là et quelques autres ensuite, fort esseulées. Personne ne les approcha celui-ci, et si le hasard ou quelque soin en amenoit auprès d'elles, c'étoit sur des épines, et elles ne cherchoient qu'à se dissiper, ce qui arrivoit bientôt après. Cela parut bien nouveau et assez amer aux deux sœurs; mais semblables à leurs maris en vertu et en bienséances, elles ne coururent après personne, se tinrent tranquilles, virent sans dédain ce flux de la cour, mais sans paroltre embarrassées, reçurent bien le peu et le rare qui leur vint, mais sans empressement, et à leur façon ordinaire, et i^urtout sans rien chercher, et ne laissèrent pas de bien remarquer et distinguer les différentes allures et tous les degrés de crainte, de politique ou d'éloignement. Leurs maris, aussi courtisés et encore plus environnés qu'elles, éprouvèrent encore plus d'abandon, et ne s'en émurent pas davantage. Tout cela eut un temps, et peu à peu on se rapprocha d'eux et d'elles, parce qu'on vit le Roi les traiter avecla même distinction, et que la même politique qui avoit éloigné d'eux le gros du monde l'en rapprocha dans les suites, et que l'envie, lasse de bouder inutilement, Ht enfm comme les autres.