SINGULARITÉ DE SIGNATURES
souvent dehors, en voyage, à la chasse, à la guerre, où le grand écuyer a plus beau jeu que le majordome-major. Le marquis de Villafranca le fut en sa place; et par ce qu'il avoilfait sur le testament, et par son voto^ fameux, ilavoit bien mérité cette grande récompense. La duchesse d*Ossone, dont j'aurai lieu de parler, disoit de lui et de don Martin de Tolède, depuis duc d'Albe et mort ambassadeur en France, qu'ils étoient tous deux Espagnols en chausses et en pourpoint, Tun en vieux, l'autre en jeune. Villafranca ainsi que Villena avoient beaucoup du caractère du duc de Montausier; mais ce dernier n'étoit point espagnol pour l'habit : de sa vie il n'avoit porté golille ni l'habit espagnol ; il le disoit insupportable, et partout fut toute sa vie vêtu à la françoise : cela s'appeloit en Espagne à la flamande ou à la guerrière, et presque personne ne s'habilloit ainsi. Le comte de Benavente fut conservé sommelier du corps ; il se prit d'une telle affection pour le Roi, qu'il pleuroit souvent de tendresse en le regardant.
Puisque j'y suis, je ne veux pas oublier une singularité de ces deux seigneurs et de quelques autres d'Espagne. Le duché de Bragance en Portugal relève du comte de Benavente, duquel les armes sont sur la porte du château de Bragance, à la droite de celles du roi de Portugal; toutes deux sont saluées une fois l'an en cérémonie : le premier salut t'st aux armes du comte, et le seconda celles du Roi. Le duc de Médina Geli, qui lors étoit sept fois grand d'Espagne, et dont les grandesses se sont depuis plus que doublées, niais qui n'en a pas plus de rang ni de préférence parmi les autres grands que s'il n'en avoit qu'une, ne signe jamais que el Duque Duque^ pour faire entendre sa grandeur par ce redoublement de titre, sans ajouter de nom. Le marquis de Villena, qui est aussi duc d'Escalona, signe el Mim/upz, sans y rien ajouter; mais le marquis d'Astorga, qui est Guzman et grand d'Espagne aussi, signe de niùme, de manière qu'il faut connoître leur écriture