‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 35 sur 333 · AVENTURE ENTRE CHAROST ET MOI · texte numérisé non relu

AVENTURE ENTRE CHAROST ET MOI

en respect et en admiration, et tous ses amis en vénération profonde. Le petit troupeau avoit donc réuni dans une liaison intime la fille de M. Foucquet et les filles de M. Colbert; et le duc de Béthune, qui n'alloit pas en ce genre à la cheville du pied de sa femme, étoit, à cause d^elle, fort recueilli des deux ducs et des deux duchesses. A peine fûmes-nous vers le canal, que le bonhomme Béthune mit la conversation sur Monsieur de la Trappe, à propos de Monsieur de Cambray, dontonparloit; les deux autres suivirent, et tous trois se lâchèrent tant et si bien, qu*après avoir un peu répondu, puis gardé le silence pour ne les pas exciter encore davantage, je sentis que je ne pouvois plus supporter leurs propos. Je leur dis donc naïvement que je sentois bien que ce n'étoit pas à moi, à mon âge, à exiger qu*ils se tussent, mais qu'à tout âge on pouvoit sortir d'un carrosse, que je les assurois que je ne les en aimerois et ne les en verrois pas moins, en ajoutant que c'étoit pour moi la dernière épreuve où mon attachement pût être mis, mais que je leur demandois Tamitié d'avoir aussi égard à ma foiblesse, s'ils vouloient l'appeler ainsi, et de me mettre pied à terre, après quoi ils diroient tout ce qu ils voudroient en pleine liberté. MM. de Chevreuse et de Beauvillier sourirent : « Eh bien I dirent-ils, nous avons raison, mais nous n'en parlerons plus; » et firent taire le duc de Béthune, qui vouloit toujours bavarder. J'insistai, et sans fâcherie, à sortir, pour les laisser à leur aise. Jamais ils ne le voulurent soufi'rir, et ils eurent cette amitié pour moi quejamaisdepuis jeneleuren ai ouï dire un mot. Pour le bonhomme Béthune, il n'étoit pas si maître de lui, mais comme aussi je ne m'en contraignois pas comme pour les deux autres, je lui répondois de façon que c'en étoit pour longtemps.

Encore ce mot, pour sa singularité : le duc de Charost, son fils, ne bougeoit de chez moi et étoit intimement de mes amis; il étoit aussi un des premiers tenants du petit troupeau, et comme tel protégé des ducs de Chevreuse et de Beauvillier, qui nous avoient liés ensemble, mais

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