RETOUR DE COMPIÈGNE
infinies, le Roi partit de Compiègne le lundi 22 septembre, et s'en alla avec sa même carrossée à Chantilly, y demeura le mardi, et arriva le mercredi à Versailles, avec autant de joie de toutes les dames qu elles avoient eu d^empressement à être du voyage. Elles ne mangèrent point avec le Roi à Compiègne, et y virent M** la duchesse de Bourgogne aussi peu qu'à Versailles. Il falloit aller au camp tous les jours, et la fatigue leur parut plus grande que le plaisir, et encore plus que la distinction qu'elles s'en étoient proposée. Le Roi, extrêmement content de la beauté des troupes, qui toutes avoient habillé *, et avec tous les ornements que leurs chef^ avoient pu imaginer, fit donner en partant six cents francs de gratification à chaque capitaine de cavalerie et de dragons, et trois cents francs à chaque capitaine d'infanterie; il en fit donner autant aux majors de tous les régiments, et distribua quelques grâces dans sa maison. Il fit au maréchal de Boufilers un présent de cent mille francs. Tout cela ensemble coûta beaucoup; mais pour chacun ce fut une goutte d'eau. 11 n'y eut point de régiment qui n'en fût ruiné pour bien des années, corps et officiers; et pour le maréchal de Boufflers, je laisse à penser ce que ce fut que cent mille francs à la magnificence, incroyable à qui Ta vue, dont il épouvanta toute l'Europe, par les relations des étrangers qui en furent témoins, et qui tous les jours n'en pouvoient croire leurs yeux.