SPECTACLE SINGULIER. [1G98J
Ce fut le même effet parmi tout ce qui étoit dans la plaine : jusqu'aux soldats demandoient ce que c'étoit que cette chaise à porteurs, et le Roi à tous moments baissé dedans; il fallut doucement faire taire les officiers et les questions des troupes. On peut juger de ce qu'en dirent les étrangers, et de Tefifet que fit sur eux un tel spectacle. Il fit du bruit par toute F^urope, et y fut aussi répandu -que le camp même de Compiègne avec toute sa pompe et sa prodigieuse splendeur. Du reste, M"* de Maintenon se produisit fort peu fiu camp, et toujours dans son carrosse avec trois ou quatre familières, et alla voir une fois ou deux le maréchal de Boufflers et les merveilles du prodige de sa magnificence.
Le dernier grand acte de cette scène fut Fi mage d'une bataille entre la première et la seconde ligne entières, Fune contre Fautre. M. Rosen, le premier des lieutenants généraux du camp, la commanda ce jour-là contre le maréchal de Boufflers, auprès duquel étoit M«' le duc de Bourgogne comme le général. Le Roi, M*"' la duchesse de Bourgogne, les princes, les dames, toute la cour et un monde de curieux assistèrent à ce spectacle, le Roi et tous les hommes à cheval, les dames en carrosse. L'exécution en fut parfaite en toutes ses parties et dura longtemps. Mais quand ce fut à la seconde ligne à ployer et à faire retraite, Rosen ne s'y pouvoit résoudre, et c'est ce qui allongea fort Faction. M. de Boufflers lui manda plusieurs fois, de la part de W le duc de Bourgogne, qu'il étoit temps. Rosen entroit en colère, et n'obéissoit point. Le Roi en rit fort, qui avoit tout réglé, et qui voyoit aller et venir les aides de camp et la longueur de tout ce manège, et dit : « Rosen n'aime point à faire le personnage de battu. » A la fin il lui manda lui-même de finir et de se retirer. Rosen obéit, mais fort mal volontiers, et brusqua un peu le porteur d'ordre. Ce fut la conversation du retour et de tout le soir.
Enfin, après des attaques de retranchements, et toutes sortes d'images de ce qui se fait à la guerre, et des revues