‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 3)Chapitre 84 sur 333 · Il y a ainsi vouloient, au pluriel, dans le manuscrit · texte numérisé non relu

Il y a ainsi vouloient, au pluriel, dans le manuscrit

iS|8 CHANGEMENT D*ABBÉ '^[1698]

venir il falloit le chasser, parce qu'il étoit entièrement opposé à ce parti ; et que de là venoient toutes les intrigues de sa démission. Quelque grossier que fût un tel panneau, qui ne pouvoit couvrir une démission signée et envoyée par lui-même, le P. de la Chaise y donna en plein, et devint tellement contraire qu'il fut impossible de le ramener, ni même de se servir utilement de Monsieur de Paris, qu'il avoit rendu suspect au Roi dans cette affaire. Mais la Providence y sut encore pourvoir : il s'étoit passé depuis dix-huit mois quelque chose d'intime et d'entièrement secret entre Monsieur de la Trappe et moi, et cette chose étoit telle, que j'étois certain de faire tomber tout Tartifice et la calomnie de D. Gervaise en la disant à Monsieur de Chartres.

C Je passai le reste du voyage de Fontainebleau dans Tangoisse de laisser périr la Trappe et consumer Monsieur de la Trappe dans cette fournaise ardente où D. Gervaise le

r tenoit, ou de manquer au secret. Je ne pouvois m'en consulter à qui que ce fût, et je souffris infiniment avant que de pouvoir me déterminer. Enfin, la pensée me vint que ce secret n'étoit peut-être que pour le salut de la Trappe, et je pris mon parti. J'étois sûr de celui de Monsieur de Chartres, et le Roi étoit en ce genre l'homme de son royaume le plus fidèle. M"* de Maintenon et Monsieur de Cambray ne laissoient pas Monsieur de Chartres longtemps de suite à Chartres; il vint à Saint-Cyr au retour de la cour à Versailles. A Saint-Cyr, personne ne le voyoit; je lui envoyai demander à l'entretenir, il me donna le lendemain. Je lui racontai toute'l'histoire de la Trappe, mais sans parler du motif véritable qui avoit fait donner la démission, qu'en cette extrémité niiême nous n^avions pas voulu dire au P. de la Chaise; ensuite je lui dis le secret. Il m'embrassa à plusieurs reprises; il écrivit sur-le-champ à M"' de Maintenon, et dès qu'il eut sa réponse, une heure après, il s'en alla chez elle trouver le Roi, à qui il parla; c'étoit un jeudi. Le fruit de cette conversation fut que le lendemain, qui étoit le jour d'au-

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