A LA TRAPPE
dîence du P. de la Chaise, où je savoîs qu'il s'étoît proposé de se faire ordonner de renvoyer la démission, il eut ià-dessus une dispute si forte avec le Roi, qu'on entendit leur voix de la pièce voisine. Le résultat fut que le P. de la Chaise eut ordre d'écrire à Monsieur de la Trappe, comme il avoit déjà lait avant la course de D. Gervaise à Fontainebleau, que le Roi vouloit savoir son véritable sentiment par lui-même, si la démission devoit avoir lieu ou être renvoyée, et au premier cas, de proposer un sujet pour être abbé ; et pour être certain de l'état et de l'avis de Monsieur de la Trappe, le valet de chambre du P. de la Chaise en fut le porteur.
Un donné * de la Trappe, d'un esprit fort supérieur à son état, qu'on appeloit Frère Chanvier, conduisit ce valet de chambre. Ils arrivèrent exprès fort tard, pour trouver tout fermé. Ils couchèrent chez M. de Saint-Louis, et le lendemain, à quatre heures du matin, le valet de chambre fut introduit avec sa lettre. 11 demeura quelque temps auprès de Monsieur de la Trappe à l'entretenir, pour s'assurer par lui-même de l'état de son esprit; il le trouva dans tout son entier, et il n'est pas étrange que ce domestique en sortît charmé. Une heure après, il fut rappelé, et comme Monsieur de la Trappe étoit instruit des soupçons qui avoient surpris le P. de la Chaise, et que ce domestique étoit un homme de sa confiance, il lui lut lui-même sa réponse, et la fit après cacheter en sa présence tout de suite, et la lui donna, tellement que ce valet de chambre partit sans que personne à la Trappe se fût douté qu'il y fût venu. La réponse étoit la même que la précédente : Monsieur de la Trappe étoit d'avis que la démission subsistât, et que le même D. Malachie fût nommé abbé en sa place. Il n'en fallut pas davantage, et D. Gervaise demeura exclu. Mais il avoit si bien su rendre suspect ce D. Malachie, que le P. de la Chaise, quoique revenu do très-bonne foi de son erreur, ne voulut jamais, sous pré-
1. On appelait donnés des séculiers qui se consacraient au service d'un AonasttTf.
Saint-Simon ii. 9