ET INSPECTEURS EN TITRE
mandoit son armée, le loua extrêmement, lui donna une épée et un des plus beaux chevaux de ceux qu'il montoit, et lui fit rhonneur de le faire manger avec lui, qu'aucun capitaine de cavalerie n'avoit eu avant lui. Un mois après il vaqua un régiment de cavalerie, qu'il eut avec grande distinction, et servit depuis avec application, et soutint la réputation qu'il avoit acquise. Il auroit été plus aimé si la capacité lui avoit permis d'être moins inquiet, et si l'humeur n'avoit pas été un nuage qu'on ne se soucie pas toujours de percer pour trouver la vertu qu'il cache. Les maréchaux de Duras et de Lorges, ses parents, le protégeoient fort, et encore plus M. de la Feuillade, tant qu'il vécut, attaché au char de M"* de Quintin, chez qui Montgommery logeoit à Paris, tous deux enfants des deux frères. Il s'étoit de nouveau signalé à la bataille de Staffarde, où il eut une main estropiée. Il ne laissa pas d'avoir la double douleur de voir du Bourg, son cadet, maréchal de camp et directeur, et lui d'être brigadier et inspecteur sous lui. On cria fort et de la préférence et de cette espèce d'affectation, et Montgommery, bien qu'outré, n'osa refuser, et se conduisit avec beaucoup de sagesse.
Bezons, qui n'étoit que brigadier de cavalerie, et Ârta- ^nan, major du régiment des gardes françoises, eurent les deux directions de Flandres (je parlerai d'eux ailleurs); Coi^ny, beau-frère de MM. de Matignon, et le vieux Genlis, directeurs en Catalogne, avec Nanclas et le marquis du Cambout sous eux ; et en Italie, Larré et Saint-Silvestre, et Villepion Chartaigne et le comte de ChamiJly sous eux.
Avant de quitter la guerre de cette année, il la faut finir par un étrange incident. M. de Noailles et M. de Barbezieux étoient fort mal ensemble : tous deux bien avec le Roi, tous deux hauts, tous deux gâtés. M. de Noailles avoit soutenu et obtenu quantité de choses dans son gouvernement de Roussillon, qui l'y rendoient fort maître et fort indépendant du secrétaire d'Ëtat de la guerre. M"' de Maintenon, ennemie de M. de Louvois, l'y avoit aidé, et le fils, encore moins autorisé que le père» n'avoit pu y rien chan-
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gcr. Il n'aimoit point M. de Luxembourg, très-lié à M. de Noailles; et de tout cela naissoit un groupe de chaque côté qui se regardoit fort de travers.
Les succès de M. de Noailles, cette année, en Catalogne, avoient outré Barbezieux. Il en craignoit de nouveau comme des avant-coureurs de sa perte, par le crédit augmenté de ses ennemis. Tout ce qui avoit été exécuté en Catalogne aplanissoit les voies du siège de Barcelone, et cette conquête mettoit le sceau à celle de toute cette principauté, et mettoit le Roi en état d'attaquer avec succès, à la fin de l'hiver, le cœur de l'Espagne. Il avoit toujours eu ce but, et M. de Noailles, qui savoit par le Roi même l'afFection qu'il avoit à ce projet, et qui en vit enfin les moyens si avancés, n'en souhaitoit pas moins l'exécution, et avec d'autant plus d'ardeur qu'elle assuroit solidement la viceroyauté qu'il avoit obtenue, augmenteroit son éclat et sa faveur, et le rendoit nécessairement le général de l'armée qui attaqueroit l'année suivante l'Espagne, par les endroits les plus sensibles et les plus aisés à pénétrer, et à la forcer à demander la paix, dont il auroit toute la gloire. Il pressa donc le Roi de donner ses ordres à temps pour le mettre en état d'entreprendre ce siège avec sûreté, et M. de Barbezieux, qu'il mettoit au. désespoir, n'osoit manquer à ce qui lui étoit prescrit, et qui étoit éclairé par le double intérêt de M. de Noailles de ne manquer de rien à tempg, et de ne le pas ménager s'il n'avoit toutes choses à point.
Une flotte de cinquante-deux vaisseaux partit le 3 octobre do Toulon, chargée de cinq mille deux cents hommes de troupes prises en Provence de celles de M. de Vendôme; et rien ne manquoit plus qu'à mettre la main à l'œuvre, lorsque M. de Noailles voulut rendre au Roi un compte particulier de tout, et recevoir directement ses ordres, et le tout à l'insu de M. de Barbezieux. Pour une commission si importante pour lui, il choisit Genhs, qui, étant sans bien et sans fortune, s'étoit donné à lui, et qu*il ne faut point confondre avec le vieux Genlis dont j'ai parié plus haut, et à qui il ne cédoit point. Ce Genlis gagna
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Famitié de M. de Noailles jusqu'à faire la jalousie de toute 6a petite armée. M. de Noailles lui procura un régiment, et le poussa fort brusquement à la brigade, puis à être fait maréchal de camp. 11 avoit de l'esprit et du manège, et n'avoit d'autre connoissance ni d'autre protection que celle dont il avoit tout reçu. M. de Noailles crut donc ne pouvoir mieux faire que de le charger d'une simple lettre de créance pour le Roi, et de le lui annoncer comme une lettre vivante, qui répondroit à tout sur-le-champ, et qui, sans l'importuner d'une longue dépêche, lui en diroit plus en une demi-heure qu'il ne pourroit lui en écrire en plusieurs jours. Les paroles volent, l'écriture demeure; un courrier peut être volé, peut tomber malade et envoyer ses dépêches : cet expédient obvioit à tous ces inconvénients, et laissoit M. de Barbezieux dans l'ignorance et dans l'angoisse de tout ce qui se passeroit ainsi par Genlis.
Barbezieux, qui avoit d'autant plus d'espions, et de meilleurs, en Catalogne , que c'étoit pour lui l'endroit le plus dangereux, fut averti de l'envoi de Genlis et du jour de son départ; et il sut de plus qu'il devoit arriver droit au Roi, et que surtout il avoit défense de le voir en tout. Là-dessus il prit un parti hardi : il fit attendre Genlis aux approches de Paris, et se le fit amener chez lui à Versailles sans le perdre un moment de vue. Quand il le tint, il le cajola tant, et sut si bien lui faire sentir la différence pour sa fortune de l'amitié de M. de Noailles, quelque accrédité qu'il fût, d'avec celle du secrétaire d'État de la guerre, et de sa sorte et de son âge, qu'il le gagna au point de l'embarquer dans la plus noire perfidie, de ne voir le Roi qu'en sa présence, et de lui dire tout le contraire de sa commission. Barbezieux lui prescrivit donc tout ce qu'il voulut, après avoir tiré de lui tout ce dont il étoit chargé, et en fut pleinement obéi. Par ce moyen le projet du siège de Barcelone fut entièrement rompu, sur le point de son exécution, et avec toutes les plus raisonnables apparences d'un succès certain, et sans crainte d'aucun secours, dans l'état des forces d'Espagne sur cette frontière comme
218 éTABLI8SElfE5T DE Là CAFITATIOS. [iCM]
abandonnée depuis leur défaite; et M. de NoaiDes demeuré * chargé auprès du Roi de toute Finiquité da manquement d'une teUe entreprise, par cette précaution-là mtoe qu*ilavoit prise de ne donner qu'unesimplelettredecréance; en sorte que tout ce que dit Genlis, directement opposé à ce dont il étoit chargé, n'eut point de contradicteur, et passaen entier pour être de M. de Noailles et par son propre frit. On peut croire que Barbezieux ne perdit pas de temps à e^ié- 4ier les ordres nécessaires pour dissiper promptement tom les préparatifs, et de procurer à la flotte ceux de r^;agner Toulon. On peut juger aussi quel coup de foudre ce fîit pour M. de Noailles; mais Tartifice avoitsi bien pris qu'il ne pat jamais s*en laver auprès du Roi : on en verra les suites, qui servirent de base à la grandeur de M. de Vendôme.
Vers ce temps-ci la capitation fut établie. L'invention et la proposition fut de Basville, fameux intendant de Languedoc. Un secours si aisé à imposer d'une manière aii»traire, à augmenter de même, et de perception si fwcSkj étoit bien tentant pour un contrôleur général embarrassé à fournir à tout. Pontcbartrain néanmoins y résista longtemps et de toutes ses forces, et ses raisons étoientks mômes que je viens de rapporter. 11 en prévoyoit les terribles conséquences, et que cet impôt étoit de nature à ne jamais cesser. Â la fin, à force de cris de besoins, les brigues lui forcèrent la main.
Le 27 novembre, M. le comte de Toulouse, qui avoit acheté le duché-pairie de Damville, et en avoit obtenu une érection nouvelle en sa faveur, fut reçut en cette qualité au Parlement, comme Favoient été M. du Maine et après lui M. de Vendôme. La planche faite par M. du Maine, comme il a été dit, le Roi avoit cessé de faire inviter les pairs par Monsieur de Reims, par M. de Vendôme, qui les visita, ce qui n'avoit pas été hasardé la première fois. M. le comte de Toulouse les visita, comme avoit fait M. de Vendôme, et Messieurs du Parlement. Peu de pairs osèrent s'y pas trouver. 11 fut peu de jours après installé,
m-Bimon a écrit très-lisiblement demeuré, et non demeure.