‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 168 sur 344 · M" DE NEMOURS · texte numérisé non relu

M" DE NEMOURS

comme amiral de France, à la table de marbre, par le premier président. M. de Vendôme, grand-père de celui-ci, y avoit été installé en la même qualité par un conseiller.

M. de Luxembourg fit en arrivant un étrange mariags pour sa fille. On a vu ci-dessus la mort du dernier de tous les Longuevilles, et son testament en faveur de M. le prince de Gonti, son cousin germain. M"' de Nemours étoit sa sœur du premier lit, fille de la sœur de la princesse de Garignan et du dernier prince du sang de la branche de Soissons, tué en 1641 à la bataille de Sedan, sans avoir été marié. M"* de Nemours étoit veuve sans enfants du dernier des ducs de Nemours de la maison de Savoie. G*étoit une femme fort haute, extraordinaire, de beaucoup d'esprit, qui se tenoit fort chez elle à Fhôtel de Soissons, où elle ne voyoit pas trop bonne compagnie; riche infiniment et vivant très-magnifiquement, avec une figure tout à fait singulière et son habit de même, quoique sentant fort sa grande dame. Elle avoit hérité de la haine de la branche de sa mère contre celle de Gondé ; elle s'étoit fort accrue par Fadministration des grands biens de M. de Longue ville, qu'après la mort de sa mère, sœur de Monsieur le Prince, le même Monsieur le Prince avoit emportée sur elle, et Monsieur le Prince son fils après lui. Le testament fait en faveur de M. le prince de Gonti ne la diminua pas. Il s'en trouva un postérieur, fait en faveur de M"" de Nemours : elle prétendit le faire valoir, et anéantir le premier. M. le prince de Gonti soutint le sien, et disputa l'autre comme fait depuis la démence : cela forma un grand procès.

Dans la colère où il mit M*"* de Nemours, et dans le mépris où elle avoit toujours vécu pour ses héritiers, elle déterra un vieux bâtard obscur du dernier comte de Soissons, frère de sa mère, qui avoit l'abbaye de la Gousture du Mans, dont il vivoit dans les cavernes. Il n'avoit pas le sens commun, n'avoit jamais servi, ni fréquenté en toute sa vie un homme qu'on pût nommer. Elle le fit venir, loger chez elle, et lui donna tout ce qu'elle pouvoit donner, et en la meilleure forme; et ce qu'elle pouvoit donner étoit

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