‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 193 sur 344 · SIÈGE DE NAMUR · texte numérisé non relu

SIÈGE DE NAMUR

de Boufflers avec la moindre, le marquis d'Harcourt avec son corps vers la Meuse, et le vieux Montai vers la mer, régloieiit leurs mouvements sur ceux qu'ils voyoient faire ou qu'ils croyoient deviner. Montai, toujours le même malgré son grand âge et la douleur du bâton, sauva la Kenoque et eut divers avantages Tépée à la main, en prit d'autres par sa capacité et sa prudence, et eut enfin Dixmude et i)einse, avec les garnisons prisonnières de guerre.

Après diverses montres de différents côtés et avoir menacé plusieurs de nos places, le prince d'Orange, qui avoit bien pris toutes ses mesures pour couvrir son vrai dessein et n'y manquer de rien, tourna tout à coup sur Namur, et l'investitles premiers jours de juillet. L'électeur de Bavière, demeuré au gros de l'armée, l'y fut promptement joindre avec un grand détachement, et laissa le reste sous M. de Vaudemont. Le maréchal de Boufflers s'en étoit toujours douté. Il avoit eu soin que la place fût abondamment fournie ; il avoit sans cesse averti Guiscard, lieutenant général, qui en étoit gouverneur, et qui étoit dedans avec Leaumont, qui y commandoit sous lui; et ce maréchal cependant s'étoit mis à portée, et il se jeta dans Namur par la porte du Gondros, le 2 juillet, la seule qui étoit encore libre, et qui dès le soir du même jour ne la fut plus. Il mena avec lui Mesgrigny, gouverneur de la citadelle de Tournay, maréchal de camp et ingénieur de grande réputation, d'autres ingénieurs et sept régiments de dragons. Il y en avoit un huitième déjà dans la place, et vingt et un bataillons, qui tous ensemble firent plus de quinze mille hommes effectifs. Harcourt et Bartillat avoient accompagné le maréchal, et ramenèrent la cavalerie qu'il avoit avec lui et les chevaux de six des sept régiments de dragons entrés avec lui; le comted'Horn, colonel de cavalerie, et plusieurs autres l'y suivirent volontaires.

Gette grande entreprise parut d'abord téméraire à notre cour, d'où on m'écrivit qu'on s'en réjouissoit comme d'une expédition qui ruineroit leurs troupes et ne réussiroit pas. J'en eus une autre opinion, et je me persuadai qu'un homme de la profondeur du prince d'Orange ne se commettroit pas

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