La dignité abbatiale
282 MORT DE l/ÉVÊQUE DE LÂNGRES. [1695]
règle. Monsieur de la Trappe nomma le prieur de sa maison, qui étoit un des plus saints et des plus capables, mais qui ne vécut pas longtemps. Il se démit, et parut encore plus grand en cet état qu'il n'avoit fait dans la réforme d le gouvernement de cet admirable monastère.
Avant de quitter les saints, la mort de M. Nicole, qui arriva à Paris vers la fin de cette année, mérite de n'èti^ pas oubliée. Cet homme illustre est si connu par toute la suite de sa vie, par ses talents et par sa piété sage et éminente, que je ne m'y arrêterai pas : il a laissé des ouvrages d'une instruction infinie, et qui développent le cœur humain avec une lumière qui apprend aux hommes à se connoitre, et toute tournée à l'édification et à la parfaite conviction.
Monsieur de Langres mourut presque en même temps. Il étoit Simiane, fils et frère de MM. de Gordes, tous deux ohevaliers de l'ordre et premiers capitaines des gardes du corps. Le dernier vendit sa charge à M. de Ghandenier, et fut depuis chevalier d'honneur de la Reine. Le père, mort en 1642, faisoit souvent arrêter le carrosse de Louis XIII ; il lui disoit : « Sire, vous ne voulez pas qu'on crève, faites donc arrêter, s'il vous plaît ; » et il descendoit pour pisser. Le Roi rioit, et le considéroit. Mon père, qui l'a vu arriver cent fois, me l'a conté. L'autre mourut en 1680; c'est le père de M"' de Rhodes. Monsieur de Langres fut donc élevé à la cour, et de très-bonne heure premier aumônier de la Reine. G'étc^it un vrai gentilhomme, et le meilleur homme du monde, que tout le monde aimoit, répandu dans le plus grand monde et avec le plus distingué. On i'appeloit volontiers le bon Langres. Il n'avoit rien de mauvais, même pour les mœurs ; mais il n'étoit pas fait pour être évêque : il jouoit à toutes sortes de jeux, et le plus gros jeu du monde. M. de Vendôme, Monsieur le Grand, et quelques autres de cette volée, lui attrapèrent gros deux ou trois fois au billard. Il ne dit mot, et s'en alla à Langres, où il se mit à étudier les adresses du billard, et s'enfermoit bien pour cela, de peur qu'on le sût. De retour à
[1695] TO^ïXERRE érÊQrs i>c UlNQIKS* ift^S^a
Paris, voUà ces Messieurs à le presser de Jouer au bllUrd« et lui à s*en défendre, comme un homme dt^jà battu et qui, depuis six mois de séjour à Langres, n'a vu que dos chanoines et des curés. Quand il se fUt bien ihit importuner, il céda enfin. 11 joua d^abord médiocrement « puis mieux, et fit grossir la partie; enfin il les gagna tout d(^ suite, puis se moqua d'eux après avoir regagné beaucoup plus qu'il n'avoit perdu. Il avoit un grand désir do rordr<>, et de toutes façons étoit fait pour l'avoir, et mourut fort vieux sans y être parvenu.
Langres fut donné à l'abbé de Tonnerre, fils du fV^ro aîné de Monsieur de Noyon. 11 étoit aumôniordu Itoi , et servoit auprès de Monseigneur, qui, le londemniu nu soir, s'en alla à Meudon, où les courtisans qu'il monoit avoient l'honneur de manger tous, et toujours avec lui. Quand son souper fut servi, et que l'abbé de Tonnerre eut dit le Benedicitey il lui dit de se mettre à table. L*abbé répondit modestement qu'il avoit soupe, car l'aumônior mangeoit devant à la table du maître d'hôtel. « Et pourquoi, Monsieur Tabbé? lui dit Monseigneur. Vouh Moh nommé à Langres, et dès là vous savez bien que voum devez manger avec moi. Au moins, ajouta-t-il, n*y mntiqu(*/< plus de tout le voyage. » L'abbé de Tonnerre, aprèH l'avoir remercié, lui dit qu'il n'ignoroit pa» cet honneur et cette distinction des évêques-pairs, mais quMl n*y avoit bontés ni amitiés qu'il ne reçût tous les jours de MonHleur d'Orléans, qui ne pouvant avoir cet honneur, étant évéque et premier aumônier, il seroit trop peiné de lui donner ce dégoût, lui n'étant encore que nommé et ayant demandé de continuer à servir dans sa charge d*aumônier juMqu*ii l'arrivée de ses bulles. Il fut extrêmement loué de ci*AUi modestie et de cette considération pour Monsieur d^Orléarm, et Monseigneur lui dit qu'il ne vouloit pa« h vAsniriÊAnAriif mais qu'il seroit le maître de se mettre à tiil>l« inym lui toutes les fois qu'O voudroît.
M. et M"* la maréchale de Lorge» arrivèrent de Vieby^ ei se pressèrent trop d^alkr à Veriaille», où ils furent re$fi