MÉGOCUTION ARMÉE DE SAVOIE. 3S
leur infonierie, qui étoit dans un camp retranché, et fut emporté d*un coup de canon.
L'Italie fut plus fertile. Le Roi, résolu de ne rien oublier pour donner-la paix à son royaume, qui en avoit un grand besoin, jugea bien qu'il n'y parriendroit qu*en détachant quelqu'un des alliés contre lui, dont Texemple affbibliroit les autres, et lui donneroit plus de moyens de leur résister et de les amener à son but, et il pensa au duc de Savoie comme à celui dont les difficiles accès lui causoîent plus de peines et de dépenses, et qui d'ailleurs se trouvoit fort molesté par les hauteurs de FEmpereur et très-mal content de rEspagne, qui lui tenoient tous très-peu de tout ce qu'as lui avoient promis et de ce qu'ils lui promettoient sans cesse. Le Roi donc, pour parvenir à réussir dans son dessein, donna au maréchal Catinat une armée formidable, et en même temps des instructions secrètes fort amibes, avec des pleins pouvoirs pour négocier et , s'il se pouvoit, conclure avec Monsieur de Savoie.
Catinat passa les monts de bonne heure, et gardant une exacte discipline, menaçoit de dévaster tout, et de couper sans miséricorde tous les mûriers de la plaine, qui faisoient le plus riche commerce du pays par Tabondance des soies, et dont la perte l'eût miné pour un siècle avant de pouvoir être remis. Monsieur de Savoie avoit vu brûler ses phis belles maisons de campagne les années précédentes, et les Heux de plaisance (ju^îl avoit le plus ornés; il avoit éprouvé ce que peut une armée supérieure que rien n'arrête : il vouloit la paix, et Catinat crut voii distinctement que c'étoit tout de bon. Le maréchal avoit coBffrîbué à se faire associer le comte de Tessé pour la négociation : il falloit un homme intelligent et de poids, qui, s'fl étoit nécessaire, pût parler et répondre, ce que le maréchal n'étoit pas en situation de faire à la tête d'une année qui avoit les yeux sur lui, et dont il n'^y ayoit pas moyen qu'il disparût un moment; et c'est ce que put Tessé en fusant le malade, comme il en usa plnsievrs fois, et tant, qu'enfin les temps oà on ne le voymt point joints à
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rinaction des troupes, on s'en aperçut dans Tarniée, où il étoit le plus ancien des lieutenants généraux et chevalier de Tordre de 1688.
C'étoit un homme fort bien et fort noblement fait, d'un visage agréable, doux, poli, obligeant, d'un esprit raconteur et quelquefois point mal, au-dessous du médiocre, 8i on en excepte le génie courtisan et tous les replis qui servent à la fortune, pour laquelle il sacrifia tout. Il s'étoit fait un protecteur déclaré de M. de Louvois par ses bassesses, son dévouement et son attention à lui rendre compte de tout, ce qui ne servit pas à sa réputation, mais à un avancement rapide et à en donner bonne opinion au Roi. Son nom est Froulay ; il étoit Manceau, et ne démentoit en rien sa patrie. D'une charge caponne * de général des carabins, qui n'existoient plus, il s'en fit une réelle de mestre de camp général des dragons, qui le porta à celle de leur colonel général, quand M. de Boufflers la quitta pour le régiment des gardes ; et on regarda avec raison comme une signalée faveur qu'à son âge, et n'étant que maréchal de camp, il fût fait chevalier de l'ordre. Il sut se maintenir avec Barbezieux comme il avoit été auprès de son père, et tant qu'il pouvoit, dans son éloignement de la cour, il ne négligea de cultiver aucun homme dont il pût espérer près ou loin. Il avoit aussi le riche gouvernement d'Ypres, et quantité de subsistances; son bien d'ailleurs étoit fort court, et sa femme, qu'il tint toujours au Maine, ne lui servit de rien, n'étant pas propre à en sortir. Il étoit cousin germain du marquis de Lavardin, chevalier de l'ordre en même promotion pendant son ambassade de Rome, par sa mère, petite-fille du maréchal de Lavardin. Sa femme s'appeloit Auber, fille d'un baron d'Aunay, du môme pays du Maine. Par sa mère, Beaumanoir, il devint héritier de beaucoup de choses de cette illustre maison.
Pondant la négociation, Gatinat se préparoit au siège de tyrin, et Monsieur de Savoie, qui voyoit ses États dans ce danger, et qui d'ailleurs s'y sentoit moins le maître que ses
1. Une charge caponne n'avait qu'un Utre sans rien d'efifcctlf.