‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 241 sur 344 · COMTESSE DE BLANSAG CHASSÉE · texte numérisé non relu

COMTESSE DE BLANSAG CHASSÉE

de rage, qui fut renvoyée à Paris avec défense de paroître à la cour. Cette fille étoit mère de Nangis en premières noces, qui avoit plus que mal vécu avec ce premier mari, et qui ruina son fils sans paroître, qui étoit très-riche, qui devint grosse de Blansac, qu'on fit revenir de l'armée pour répouser, et elle accoucha de M"* de Tonnerre la nuit même qu'elle fut mariée.

On ne pouvoit avoir plus d'esprit, plus d'intrigue, plus de douceur, d'insinuation, de tour et de grâces dans l'esprit, une plaisanterie plus fine et plus salée, ni être plus maîtresse de son langage pour le mesurer à ceux avec qui elle étoit. G'étoit en même temps de tous les esprits le plus méchant, le plus noir, le pluà dangereux, le plus artificieux, d'une fausseté parfaite, à qui les histoires entières couloient de source, avec un air de vérité et de simplicité qui étoit prêt à persuader ceux même qui savoient, à n'en pouvoir douter, qu'il n'y avoit pas un mot de vrai ; avec tout cela une sirène enchanteresse, dont on ne se pouvoit défendre qu'en la fuyant, quoiqu'on la connût parfaitement. Sa conversation étoit charmante, et personne n'assénoit si plaisamment ni si cruellement les ridicules, même où il n'y en avoit point, et comme n'y touchant pas; au demeurant plus que très-galante tant que sa figure lui avoit fait trouver avec qui, fort commode ensuite, et depuis se ruina pour les plus bas valets. Malgré de tels vices, et dont la plupart étoient si destructifs de la société, c'étoit la fleur des pois à la cour et à la ville : sa chambre ne désemplissoit pas de ce qui y étoit et de plus brillant et de la meilleure compagnie, ou par crainte ou par enchantement, et avoit en outre des amis et des amies considérables; elle étoit fort recherchée des trois filles du Roi; c'étoit à qui l'auroit; mais la convenance de sa mère l'avoit attachée à M"* la duchesse de Chartres plus qu'aux autres : elle la gouvernoit absolument. Les jalousies et les tracasseries qui en naquirent l'éluignèrent de Monsieur et de M. le duc de Chartres jusqu'à l'aversion : elle en fut chassée. A force de temps, de pleurs cl de &o\3Lç\e^^e^ ^^

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M"^la duchesse de Chartres, elle fut rajppelée. ESe retourna à Marly; elle fut admise à quelques parties particulières avec le Roi. Elle le divertit avec tant d'esprit qu'il ne paria d'autre chose à M"* de Maintenon; elle en eut peur, et ne chercha plus qu'à l'éloigner du Roi (elle le fit avec soin et adresse), puis à la chasser de nouveau pour plus grande sûreté, et elle saisit Toccasion d'en venir à haut. On m^ moqua bien de la mère, d'y avoir consenti si inutilement pour la place qu'elle ne pouvoit plus avoir, et par une sotte et folle colère d'honneur et de duperie ; mais la fille demeura à Paris pour longtemps.

La duchesse d'Arpajon, mariée belle et jeune à un vieillard qui ne sortoit plus de Rouergue et de son château de Séverac, s'étoit vue noyée d'affaires et de procès, depuis qu'elle fut veuve, au parlement de Toulouse, pour ses reprises et pour sa fille unique, dont des incidents importants l'amenèrent à Paris pour y plaider au conseil. G*étoit une personne d'une grande vertu, d'une excellente conduite, qui avoit grande mine et des restes de beauté. On ne i'avoit presque jamais vue à la cour ni à Paris, et on l'y appdoit la duchesse des bruyères. Elle ne l'étoit qu'à brevet. M"* de Richelieu mourut fort tôt après son arrivée, et la surprise fut extrême de voir la duchesse d'Ârpajen tout à coup nommée dame d'honneur de Madame la Dauphine en sa place. Elle-même la fut plus que personne ; jamais elle n'y avoit pensé, ni M. de Beuvron son frère : ce fat pourtant lui qui la fit sans le savoir. Il avoit autrefois été plus que bien avec M""* Scarron ; celle-ci n'oublia point ses anciens amis de ce genre : elle compta sur l'attachement de sa sœur par lui, par reconnoissance et par se trouver parfaitement isolée au milieu de la cour. On ne pouvoit avoir moins d'eprit, mais ce qu'elle en avoit étoit fort sage, et elle avoit beaucoup de sens, de conduite et de dignité; et il est impossible de faire mieux sa charge qu'elle la fit, avec plus de considération et plus an gré de tout le monde. Elle espéra donc être choisie; elle le' demanda; le monde k crut et le souhaita ; mais les vingt

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mille écus que M"* Barbisi, k yieille mie de la duchesse du Lude, fit accepter à la vieille servante de M"* de Maintenon, décidèrent contre M** d'Arpajon. Le Roi voulut la ' consoler, et 11"" de Maintenon aussi, et firent la comtesse de Roucj, sa fille, dame du palais. La mère ne prit point le change, die demeura outrée; le transport de joie de sa ffileraffli^ea encore plus, et leur séparation entière, qu'elle envisageoit, Taccahû : elle aimoit fort sa fille, que cetit; place aitachoit en un lieu où la mère ne pouvoit plus paroftre que fort rarement avec bienséance, et elle se ¥oyoit tombée en solitude. Elle ne la put porter : peu de mois après elle eut une apoplexie, dentelle mourut quelque temps après.

Cette consolation prétendue donnée à M** d'Arpajon, et cette différence des deux belles«œurs, ia comtesse de Roucj ûite dame du palais, et M** de Blansac chassée, combla la douleur de la maréchale de Rochefort. Elle étoit cousine ^rmaine de la duchesse du Lude, filles des deux MBttrs, et TÎYoit fort avec elle, autre crève-cœur. À peine la voulnt-«lle voir, et ne reçut qu'a,Tec aigreur toutes ses avances. Enfin, après avoir longtemps gémi, elle fut apaisée par une place nouvelle de menin de Monseigneur donnée au marquis de Rochefort, son fils, sans qu'elle Peut demandée.

Dangeau étoit un gentilhomme de Beauce, tout uni, et fruguenot dans sa première jeunesse; toute sa famille rétoit, qui ne tenoit à personne. Il ne manquoit pas d*nn certain ei^urit, surtout de celui du monde, et de conduite. Il avoit beaucoup d'honneur et de probité. Le jeu, par lequel il se fourra à la cour, qui étoit alors touM d'amour et de fêles, incontinent après la mort de la Reine mère, le odt dans les meilleures compagnies. 11 y gagna tout son bien; il eut le bonheur de n'être jamais soupçonné; fl prêta obligeamment ; il se fit des amis, et la sûreté de son commerce lui en acquit d'utiles et de véritables. U fit sa cour anx maîtresses du Roi; le jeu le mit de leurs parties avec lui^ elles le traitèrent avec familiarité, et Uii

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