‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 242 sur 344 · DANGEAU CHEVALIER D*HONNEUR · texte numérisé non relu

DANGEAU CHEVALIER D*HONNEUR

procurèrent celle du Roi. Il faisoit des vers, étoit bien fait, de bonne mine et galant : le voilà de tout à la cour, mais toujours subalterne. Jouant un jour avec le Roi et M"* de Montespan, dans les commencements des grandes augmentations de Versailles, le Roi, qui avoit été importuné d'un logement pour lui, et qui avoit bien d'autres gens qui en demandoient, se mit à le plaisanter sur sa facilité à faire des vers, qui, à la vérité, étoient rarement bons, et tout d'un coup lui proposa des rimes forts sauvages, et lui promit un logement s'il les remplissoit sur^ le-champ. Dangeau accepta, n'y pensa qu'un moment, les remplit toutes, et eut ainsi un logement. De là, il acheta une charge de lecteur du Roi, qui n'avoit point de fonction, mais qui donnoit les entrées du petit coucher, etc. Son assiduité lui mérita le régiment du Roi infanterie, qu'il ne garda pas longtemps, puis fut envoyé en Angleterre, où il demeura peu, et à son retour acheta le gouvernement de Touraine. Son bonheur voulut que M. de Richelieu fît de si grosses pertes au jeu qu'il en vendit sa charge de chevalier d'honneur de Madame la Dauphine, au mariage de laquelle il l'avoit eue pour rien, et que son ancienne amie. M"* de Maintenon, lui fit permettre de la vendre tant qu'il pourroit et à qui il voudroit. Dangeau ne manqua pas une si bonne affaire : il en donna cinq cent mille livres, et se revêtit d'une charge qui faisoit de lui une espèce de seigneur, et qui lui assura l'ordre, qu'il eut bientôt après, en 1688. Il perdit sa charge à la mort de Madame la Dauphine, mais il avoit eu une place de menin de Monseigneur, et tenoit ainsi partout.

Madame la Dauphine avoit une fille d'honneur d'un chapitre d'Allemagne, jolie comme le jour, et faite comme une nymphe, avec toutes les grâces de l'esprit et du corps. L'esprit étoit fort médiocre, mais fort juste, sage et sensé, et avec cela une vertu sans soupçon. Elle étoit fille d'un comte de Lovestein et d'une sœur du cardinal de Furstemberg, qui a tant fait de bruit dans le monde, et qui étoit dans la plus haute considération à la cour. Ces

; 1696] ■-• m ftANCEAU ftAME W* rAUK^. v1^^

LoTestmn étoient de la maison paUitino^ mai» <V««o hranche mésalliée par un mariagi' qu'Us ap|H»U(^ul do h\ main gauche, mais qui n'en est f>as moins légitime, l/iuo ^;alité de la mère fait que ce qui en sort n'ht^rite jhmuU mais a un gros partage, et tombe du rnn^ de prinoe t^ celui de comte. Le cardinal de Furstemberg, qui «iuioll (ort cette nièce, cherchoit à la marier, Klle plulnoil forl wu Koi et à M"* de Maintenon, qui se prenoient fort uu\ liguren, Klle n'avoit rien vaillant, coaime toute» le» Allemuntle». Dangeau, veuf depuis longtemps d*une sœur de hi wwwfS-' chale d'Estrées, filles* de Morin le Juif, et qui n'en «voll qu'une fUle, dont le grand bien qu'on lui en\Yoil rnvolt mariée au duc de Montfort, se pn^senta pour iiim^ mI grande alliance pour lui, et aussi a^ri^uble. M"* t^* «ovc^htein, avec la hauteur de son pays, vit le tuf ft IniVi.H (nim les ornements qui le couvroiont, et dit qu'elle ifen voiilolt point. Le Roi s'en mêla, M"'*do Maintenon, MiidaiiK^ lu hmiphine; le cardinal son oncle le voulut, et la Ot eormenlir. Le maréchal et la maréchale de Vilieroy on firent la nof'.e, et Dangeau se crut électeur palatin.

G'étoit le meilleur homme du monde, mais à qui la tAte avoit tourné d'être seigneur : celaFavoit ehanmrré de ridicules, et M"* de Montespan avoit fort plaUarnnient, itmU * très-véritablement, dit de lui qu'on ne pou voit n'empArbrr de Faimer ni de s'en moquer. Ce fut bien pin upreM m\ charge et ce mariage. Sa fadeur naturelle, erit/te mv l/t bassesse du courtisan et recrépie de l'orgueil du ¥ti*\y^iïmf postiche, fit un composé que i'Amihhi la {/^rantU mnMrW*> die Tordre de Saint-Lazare, queb^Hoi lui doririA mamw. ravoit Nerestang, mais dont il tira tout le parti qu'il pni^ tfi m fii le singe du Roi dans le» promotions qu'il fM d^ t^Ati orârtt^ où toute la cour aeeoaroit pour rire ave^; ntMuâMUu f##idi« qu'U s'en croyoit admiré. Il fui dis VÊifMhîm frdUé^oit^, t4 conseiller d'Etal d^épée, et ia Umum^ la prt^mU^ftt 4i*n dames do palais, emnaae U^mum do cUés^MiU^ à'iufUtmHr^

346 COMTESSE DE T10U€Y DAME DU PALAIS. [i€96]

et n'y en ayant point de titrées. M"* de Maintenon FaToit goûtée ; sa naissance, sa vertu, sa figure, un mariage du goût du Roi et peu du sien, dans lequel elle vécut comme un ange, la considération de son oncle et de la charge de son mari, tout cela la porta, et ce choix fut approuvé de tout le monde.

La comtesse de Roucy, j*en ai rapporté la raison en parlant de la duchesse d*Àrpajon sa mère. CTétoit une personne extrêmement laide, qui avoit de Tesprit, fort glorieuse, pleine d'ambition, folle des moindres disinictions, engouée à Texcès de la cour, basse à proportioa de la faveur et des besoins, qui cherchoit à faii>e des affaires à toutes mains, aigre à merveilles jusqu'anx injures et fréquemment en querelle avec quelqu'un, toujours occupée de ses affaires, que son opiniâtreté, son humeur et sa malhabileté perdoîent, et qui vivoit noyée de biens, d'affaires et de créanciers, envieuse, haineuse, par conséquent peu aimée, et qui, pour couronner tout cela, ne manquoit point de grand'messes à la paroisse et rarement à communier tous les huit jours. Son mari n^avoit qu'une belle, mais forte figure : glorieux et bas plus qu'elle, panier percé qui jouoit tout et perdoit tout, tonjours en course et à la chasse, dont la sottise lui avoit tourné à mérite, parce qu'il ne faisoit jalousie à personne, et dont la femiliarité avec les valets le faisoit aimer. Il avoit aussi les dames pour lui, parce qu'il étoit leur fut, et avec toute sa bêtise un entregent de cour que l'usage du grand monde lui avoit donné. 11 étoit de tout avec Monseigneur, et le Roi le traitoit "bien à cause de M. de la Rochefoucauld et des maréchaux de Duras et de Lorges, « frères de sa mère, qui tous trois avoient fait de lui et de ses frères comme de leurs enfants, depuis que la réTOcalioo de l'édit de Nantes avoit fait s(H*tir du royaume le comte et la comtesse de Roye, ses père et mère. Son grand mérite étoient ^ ses inepties, qu'on répétoit, et qui néanmoiiis se trouvoient quelquefois exprimer quelque chose.

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