‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 249 sur 344 · MOUVEMENTS ET DISPOSITION · texte numérisé non relu

MOUVEMENTS ET DISPOSITION

de la gauche, avec le bonhomme Lugny pour brigadier, trèsgalant homme, de qui je reçus mille honnêtetés, mais qui n'avoit ni Tesprit ni le monde qu'avoit Harlus, qui servoit cette année sur les côtes , avec le maréchal de Joyeuse. Le chevalier de Conflans étoit l'autre mestre de camp avec nous. Cétoit un très-bon officier, gaillard et de bonne compagnie, plaisant en liberté, avec de Tesprit, qui savoil fort vivre, et dont je m'accommodai fort. Il étoit cadet du marquis de Conflans, mestre de camp général en Catalogne pour le roi d'Espagne, qui lui avoit donné la Toison d'or, et qu'il fit, l'année suivante, vice-roi de Navarre et grand d'Espagne de la troisième classe, dont la grandesse périt avec eux, comme nos ducs à brevet. Ils étoient ou petits-fils ou fort proches, et de même nom, de ce baron de Batte ville ou Vatteville, qui, étant ambassadeur d'Espagne en Angleterre, fit cette insulte pour la préséance au maréchal d'Estrades, ambassadeur de France, qui fit tant de fracas, et qui fut suivie de la déclaration solennelle, que l'ambassadeur d'Espagne en France eut ordre de faire au Roi, de ne plus prétendre en nul lieu de compétence aveclui. Le prince Louis, supérieur au maréchal de Choiseul et au marquis d'Harcourt joints, de plus de vingt-deux mille hommes, campa, deux jours après notre arrivée, à une demi-lieue de nous, derrière le village deMusbach, à la vue de nos montagnes, et se mit à ouvrir des chemins dans les leurs. On les vit se donner de grands mouvements pendant plusieurs jours, sans qu'on en pût deviner la cause, lorsqu'après avoir longé notre front bien des fois, et s'en être approchés tant qu'ils purent pour reconnoître, et cherché inutilement par où pouvoir attaquer, on s'aperçut qu'ils avoient établi des batteries sur des montagnes qui sembloient inaccessibles, d'où ils firent grand bruit de canon. G'étoient trois batteries de gros canon à diverses hauteurs, dont une sur la crête tout au haut ; et on distinguoit très-clairement les tentes de trois bataillons qui campoient auprès. Us occupèrent diverses maisons éparses le long de la montagne, auprès de ce petit château de

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Hart, le canonnèrent, et firent remuer uelque cavalerie du marquis d^Harcourt incommodée de cette artillerie. Ce petit castel les mit en colère, dont ils ne touchoient que le haut des toits. Us baissèrent donc une batterie, avec laquelle ils y firent une grande brèche; ils y donnèrent quelques assauts sans succès, jusqu'à ce que le brave officier qui y commandoit, se voyant ouvert de toutes parts et sans nulle espérance de pouvoir être secouru, prit le temps d*un assaut plus grand que les précédents pour faire retirer sa garnison par un trou qu'il avoit pratiqué, et sortit le dernier de sa place, qu'il avoit bravement défendue six jours durant, à la vue des deux armées, et se retira avec ses gens à Neustadt, avec une jambe qu'il se cassa en sortant. Il fut loué et caressé de toute l'armée ; le maréchal lui donna le peu qu'il avoit d'argent, et lui procura une gratification. Il avoit laissé une traînée de poudre, où il mit le feu, qui fut fatale aux premiers qui se jetèrent dans leur conquête. Cet exploit achevé, les Impériaux changèrent et augmentèrent leurs batteries, et en battirent la porte de Neustadt de notre côté, par-dessus la ville, ce qui n'eut d'autre effet que de faire hâter le pas à ceux qui entroient et sortoient.

Au bout d'un mois, ils s'aperçurent si bien de l'inutiUlé de leur canonnade et de l'impossibilité d'attaquer nos retranchements avec le moindre succès, qu'ils se tournèrent à d'autres moyens pour nous obliger à les abandonner : ils envoyèrent donc faire des courses sur la Sarre jusque vers Metz, et ils ordonnèrent àThungen de ne rien oublier pour passer diligemment en Alsace. Sur les avis qu'on en eut, Gobert, excellent brigadier de dragons, fut envoyé avec un gros détachement sur la Sarre, et le marquis d'Huxelles sur le haut Rhin joindre Puysicux avec un régiment de cavalerie, des dragons et de l'infanterie; et Chamilly tut mis à Spire à la place. d'Huxelles. Puysieux, lieutenant général et gouverneur d'Huningue, n'avoit presque point d'autres troupes pour la garde du haut Rhin que des compagnies franches du Rhin, u

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