MARÉCHAL DE CHOISEUL
conduite ouvrit les yeux au maréchal sur ses artifices : il ne compta plus que sur soi-même, et résolu de laisser dire Harcourt et ordonner à la cour, de ne suivre, à toutes risques V pour lui-même, que le parti unique par lequel il crut sauver Philisbourg et Landau. 11 se retira donc sur son infanterie, que, pour la commodité des fourrages, il avoit laissée derrière, entra dans le Spirebach,>et fit une des plus belles choses qu*on eût vues depuis bien longtemps à la guerre.
Le prince Louis passa le Rhin avec sa cavalerie à Mayence, après avoir conféré avec le landgrave de Hesse, qui vint passer la Nave auprès de Mayence, qui vint après le long des montagnes, et se saisit sans peine, chemin faisant, de Neuf-Linange, de Kirken, et d'autres postes que nous y avions, tandis que le prince Louis vint à Oppenheim, où son infanterie, son artillerie et ses bagages le joignirent par un pont de bateaux; il en fit descendre un à Worms, tant pour tirer ce qu'ils voudroient de l'autre côté du Rhin, que pour communiquer avec le baron de Thungen, commandant de Mayence, qui avoit environ quinze mille hommes aux vallées de Ketsch et vers Fribourg, avec des bateaux pour nous donner par nos derrières l'inquiétude du siège de cette place ou d'un passage du Rhin. La cour alors avoit changé d'avis, et auroit voulu que le maréchal de Choiseul eût combattu le prince Louis aux plaines d'AIzey. Il étoit plus fort que nous du double; et s'il avoit battu notre armée, il eût aisément pris Landau, fort méchante place alors, et eût été le maître d'emporter le fort qui couvroit le bout d'en deçà du pont de Philisbourg, de brûler ce pont, de ravager l'Alsace, de s'établir pour l'hiver à Spire, d'empêcher M. d'Harcourt de déboucher les montagnes, puis de faire tout à son aise le siège de Philisbourg.
Ces mêmes raisons détournèrent le maréchal de croire ceux qui lui proposoient de se mettre à Durckheim : cette petite ville ruinée et non tenable étoit bien au pied des i. Saint-Simon fait risques du féminin.
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montagnes, mais entre elles et Tendroit où les montagnes s'escarpent et se couvrent, il y avoit un grand espace de terrain à passer plusieurs colonnes de front ; d*ailleurs, U marais qui auroit couvert Tarmée étoit en figure de T, dont la queue la séparoit. Il auroit donc fallu force pontâ de communication sur cette queue, et on laisse à penser de quelle ressource sont de telles communications à une armée attaquée par le double d'elle. Le marquis d'Huxelles proposoit de se mettre le cul au Rhin et le nez à la montagne. Ce parti conservoit Spire et nous en appuyoit, mais il abandonnoit Neustadt, le livroit au prince Louis pour un entrepôt très-commode pour ses vivres, et un passage assuré derrière Landau pour passer en Alsace et la ruiner, sans crainte que nous osassions nous déplacer; il nous ôtoit en même temps en fort peu de jours toute subsistance, parce que nous ne pouvions tirer de fourrages que de T Alsace, et bientôt les vivres, que Thungcn ne nous auroit pas même laissé descendre aisément par le Rhin. D'autres proposèrent la position contraire, le cul à Landau et la tête au Rhin. Celui-là tenoit Landau et Neustadt, mais il laissoît tout le chemin de F Alsace libre aux ennemis, l'important poste de Spire, d'où, une fois établis, ils pouvoient brûler le pont do Philisboarg, s'en épargner la circonvallation de ce côté-ci, et en faire le siège de l'autre côté tout à leur aise. D'ailleurs, bien établis à Spire, ils mettoient l'Alsace en contribution, niinoient Landau, et renvoyoient nos armées s'assembler bien loin. Se mettre derrière la petite rivière de Landau laissoit tout en proie, Neustadt, Spire , le pont de Philisbourg , le passage en Alsace, Landau même. Tous ces partis, quelque mauvais qu'ils fussent, avoient leurs partisans considérables.
Le maréchal de Choiseul, bien résolu de n*aller qu'au meilleur, dans une conjoncture si importante, laissa écrire la cour et discourir qui voulut, et prit de soi tout seul l'unique parti qui sauvoit tous ces inconvénients. Il les avoit de longue main pourpensés, et il s'y étoit préparé»
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autant qu'il ravoît pu, dans la prévoyance de ce tpàe le» ennemis ponrroieni entreprendre. G'étoit de barrer la plaine derrière le Spirebach, de la montagne au Rhia^ el de mettre par là Nenstadt^ Landan, Spire, Philisboujrg et TÂlsace à eourert. Lorsqu'il s'étoit avancé avec sa cav^ lerie, pour la commodité des fourrages» dans le& jdaine» de Mayence, tandis qu'il n'étoit encore question de rien» et qu'il avoit laissé son infanterie en arrière» â< a^oât chargé le marquis d'Huxelles, avec sa seconde Hgne d'infanterie, d'accommoder le Spirebaeh, et quand il s'y vint mettre, il trouva cette besogne achevée et parfiiitênient bien faite, avec des redoutes d'espace en e^aee et toua les bords retranchés. Il avoit cependant obtenu la jonction du marquis d'Harcourt, qui se fit fort attendre, ^ qui manda à la cour qu'il avoit joint deux jours plus tôt qu'il n'avoit fait» Gomme il arrivoit par la montagne» il fut chargé de r^eustadt et de tous ces postes-là. De la montagne aux bois il y avoit une bonne demi-lieue. Cet espace étoit fermé par les deux branches du Spirebaeh, réduites en une par une retenue de distance en distance au dedans et au-dessus de Nenstadt, qui fomioit une inondation et un marais qui ne se pouvoit passer.
Là se trouvoit une commanderie ruinée, qui fut trèsbien accommodée, où on jeta quatre bataiUons, avec Cadrieu, très-bon brigadier d'infanterie. De lui jusqu'aux bois, des demi-lunes bien ajustées, toutes flanquées de deux pièces de canon de chaque côté, avec chacune un bataillon derrière pour s'y jeter à propos, et un espace entre chacune pour y recevoir un escadron; avee cela, Neustadt remparé et fortifié au mieux avec de l'artillerie, et Saint-Frémont, maréchal de camp, pour y commander sous Harcourt, et la plaine de Musbach, par où seulement les ennemis ponvoient venir, entièrement découverte et de toutes parts fouettée des batteries disposées pour cela. Le petit château de Hart, à mi-côte de la montagne, fut occupé et bien retranché, bien muni, avec ce qu'il y put tenir de monde choisi. G'étoit un petit castel hiano qui ae
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voyoit de partout, un peu à côté et plus araiieé au delà de Neustadt. Les bois deTinrent bientôt un fonds de marais artificid, par les retenues d^espace en espace du Spirebach, qui y couloit. On y fit de grands abatis d^arbres, et tout du Vmg semés de petits postes, pour avertir seulement. En un endroit plus clair, et au bord d'une petite plaineoùily avoit, en deçà du ruisseau, un moulin appelé Freymuhl, dont on se servit avantageusement pour s'aider de Feau à retenir et à inonder, on fit camper quatre bataillons, appuyés de la cavalerie de notre droite, parce que lu ligne s*étendoit jusque-là; et le quartier du marquis de Renti, lieutenant général fort bon et beau-firère du maréchal, n*en étoit pas éloigné. On mit un peu plus loin, au village ruiné de Spirebach, la brigade de cavalerie de Bissy, avec de Finfanterie divisée par pelotons jusqu'à Spire, où finissoient les bois. A Spire, force canon et beaucoup d'infanterie dans les retranchements, avec, pour cavalerie, la brigade du cdonel général; le marquis d'Huxelles et le duc de la Ferté, lieutenants généraux, y commandoient, et sous eux Hautefort et la Lande, maréchaux de camp. De Spire an Rhin il n'y avoit pas l'espace pour un escadron. Le maréchal de Ghoiseul prit son quartier général au village de Lackheim, vis-à-vis du commencement des bois, vers le centre de la cavalerie. Notre gauche de cavalerie joignoit la droite de celle du marquis d'Harcourt, mais un peu plus reculée; et lui se mit dans un petit village tout à fait dans la montagne, près de Neustadt, en deçà.
Les choses disposées de la sorte, on continua à perfectionner les retranchements partout où on crut qu'il on étoit besoin; et on attendit avec une tranquillité, toutefois très-vigilante, ce que les ennemis pourroient ou voudroiciU entreprendre. On montoit tous les soirs un gros blvouuc à la tête des camps, avec le maréchal de camp de jour à la droite et le brigadier de piquet à la gauche. Le mestre de eamp de piquet se promenoit toute la nuit d'un bout à Fautre» pour voir si tout étoit bien en état. Tétois encore Mtte caonpagne de la brigade qui fermoit ht seconde ligne