‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 256 sur 344 · Saint-Simon a bien écrit ces, et non ses · texte numérisé non relu

Saint-Simon a bien écrit ces, et non ses

rendre, et par là de rendre mon secret public. Après la yanité vint le profit, qui acheva de le séduire, et par la suite il a gagné plus de vingt-cinq mille [livres] en copies, de son propre aveu, et c'est ce qui fit la publicité. Comme je vis que c'en étoit fait, je lui en commandai moi-même après lui avoir reproché son infidélité, et j'en donnai quantité.

Je fus très-fâché du bruit que cela fit dans le monde, mais je me consolai par m'être conservé pour toujours une ressemblance si chère et si illustre, et avoir fait passer à la postérité le portrait d'un homme si grand, si accompli et si célèbre. Je n'osai jamais lui avouer mon larcin ; mais en partant de la Trappe, je lui en laissai tout le récit dans une lettre par laquelle je lui en demandois pardon. Il en fut peiné à l'excès, touché et afiligé ; toutefois il ne put me garder de colère : il me récrivit que je n'ignorois pas qu'un empereur romain disoit qu'il aimoit la trahison, mais qu'il aimoit les traîtres ^ ; que pour lui il pensoit tout autrement, qu'il aimoit le traître, mais qu'il ne pouvoit que haïr sa trahison. Je fis présent à la Trappe de la copie en grand, d'une en petit, et de deux en petit, c'est-à-dire en buste, à M. de Saint-Louis et à M. Maisne, que j'envoyai tous à la fois. Monsieur de la Trappe avoit depuis quelques années la main droite ouverte, et ne s'en pouvoit servir. Dès que j'eus mon original, où il est peint, la plume à la main, assis à son bureau, je fis écrire cette circonstance derrière la toile, pour qu'à l'avenir elle ne fît point erreur, et surtout la manière dont il fut peint de mémoire, pour qu'il ne fût pas soupçonné de la complaisance de s'y être prêté. •

J'arrivai à Paris la veille que le Roi devoit arriver de* Montargis à FontainebWu avec la princesse, et je m'y trouvai à la descente ue son carrosse. J'avois espéré de cacher ainsi parfaitement mon petit voyage.

Avant de parler de la princesse de Savoie, il faut dire uq mot de ce qui se passoit en Italie. Monsieur de Savoie

1. Tel est le texte du manuscrit; le sens demanderait : « mais q halssoit les traîtres. »

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