‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 275 sur 344 · Saint-Simon a bien écrit Heu · texte numérisé non relu

Saint-Simon a bien écrit Heu

398 DUCHESSE DE YALENTINOIS. [1697]

se déshonoroit tous les jours dans sa charge d'avocat général, la place de conseiller d'Ëtat, vacante par la mort de Pussort, et que, quelque temps après, il le combla par une pension de vingt mille livres, qui est celle des ministres. Ainsi les forfaits sont récompensés en ce monde, mais la satisfaction n'en dure pas longtemps.

M. de Monaco, qui, comme on a vu p. 79 et 80 *, avoit obtenu le rang de prince étranger par le mariage de son fils avec la fille de Monsieur le Grand, trouva bientôt, et son fils plus encore, qu'ils Tavoient acheté bien cher. La duchesse de Yalentinois étoit charmante, galante à l'avenant, et sans esprit ni conduite, avec une physionomie fort spirituelle ; elle étoit gâtée par l'amitié de son père et de sa mère et par les hommages de toute la cour, 4ans une maison jour et nuit ouverte, où les grâces, qui étoient sa principale beauté, attîroient la plus brillante Jeunesse. Son mari, avec beaucoup d'esprit, ne se sentoit pas le plus fort; sa taille et sa figure lui avoient acquis le nom de Goliath. Il souffrit longtemps les hauteurs et les mépris de sa femme et de sa famille ; à la fin, lui et son père s'en lassèrent, et ils emmenèrent M"* de Yalentinois à Monaco. Elle se désola, et ses parents aussi, comme sien l'eût menée aux Indes. On peut juger que le voyage et le séjour ne se passèrent pas gaiement. Toutefois elle promit merveilles, et au bout d'une couple d'années de pénitence, elle obtint son retour. Je ne sais qui fut son conseil, mais, sans changer de conduite, elle songea aux moyens de se garantir de retourner à Monaco, et pour cela fit un édat épouvantable contre son beau-père, qu'elle accusa nonseulement de lui en avoir conté, mais de l'avoir voulu forcer. Monsieur le Grand, M"* d'Armagnac, leurs enfants prirent son parti; et ce fut un^ vacarme le plus scandaleux, mais qui ne persuada personne. M. de Monaco n'étoit plus jeune; il étoit fort honnête homme et avoit toujours passé pour tel; d'ailleurs, il avoit deux gros yeux

1. Ces pages du manuscrit correspondent aux pages 291 et 292 de noCn tome I.

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d'aveugle, éteints, et qui en effet ne distinguoient rien à deux pieds d'eux, avec un gros ventre en pointe, qui faisoit peur tant il avançoit en saillie. L'éclat ne fut pas moins grand de sa part et de celle de son fils contre une si étrange calomnie, et la séparation devint plus forte que jamais.

Au bout de quelques années, ils s'avisèrent qu'ils n'avoient point d'enfants, et que M"* de Valentinois, nageant dans les plaisirs de la cour, sous l'abri de sa famille, jouissoit seule de son crime et se moquoit d'eux. Us prirent donc leur parti : M. de Valentinois redemanda sa femme. D'abord on se moqua de lui chez elle'; mais bientôt l'embarras succéda; les dévots s'en mêlèrent : l'archevêque de Paris parla à M"* d'Armagnac, et M. de Monaco protesta qu'il ne verroit jamais sa belle-fille, et qu'il lui défendoit de se trouver en aucun lieu où il seroit. Tout cela ensemble fut un coup de foudre; il fallut céder, et le 27 janvier, M""* d'Armagnac, accompagnée du prince Camille, son troisième fils, et de la princesse d'Harcourt, mena sa fiUe à Paris chez le duc de Valentinois, oh se trouva la maréchale de BoufElers, sa cousine germaine. M"* de Valentinois y soupa et y coucha, et qui pis fut, y demeura.

Elle étoit très-souvent chez Madame la Duchesse, qui changea en même temps de dame d'honneur. M"* de Moreuil, qui étoit personne d'esprit et de mérite, femme d'un original de beaucoup d'esprit aussi, des bâtards de cette ancienne maison de Moreuil éteinte depuis longtemps, et qui étoit à Monsieur le Duc, demanda tout d'un coup à se retirer, sans qu'on pût savoir pourquoi, et le voulut absolument. On vit depuis de quoi il étoit ques* tion : la pauvre femme cachoit un cancer, dont elle mou* rut quelque temps après. M""* de Laigle fut mise en sa place, et s'y fit aimer et estimer, et même considérer à ' la cour. Cétoit une femme de beaucoup d'esprit et de monde, fille de M"** dé Rare, gouvernante des filles de Monsieur Gaston; son père et sa mère étoient fort de& «3Kâ&

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