‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 276 sur 344 · BIARIAGE DU FILS DE PONTCHARTRAIN · texte numérisé non relu

BIARIAGE DU FILS DE PONTCHARTRAIN

de mon père, et elle épousa le marquis de Laigle, à six lieues de la Ferté, qui en étoit aussi beaucoup : c'est ce qui me fait remarquer cette bagatelle. Les affaires de M. de Laigle étoient très-mauvaises; elle se mit là faute de mieux chez elle.

11 arriva une autre chose chez Monsieur le Prince Briord, son premier écuyer, fut choisi pour Fambassad^ de Turin. Torcy, qui étoit de ses amis, le fit proposer par Pompone , et quand l'affaire fut faite, le Roi en dit un mot d'honnêteté à Monsieur le Prince. Le sujet étoit bon, mais le monde fut surpris du lieu où on avoit été chercher un ambassadeur; et je le remarque comme une chose singulière et tout à fait nouvelle. Au demeurant, Briord étoit sage, honnête homme, et n'étoit pas incapable.

Pontchartrain cherchoit à marier son fils. 11 lui avoit fait faire une grande tournée par les ports du levant et du ponant, pour lui faire voir les choses dont il entendoit parler tous les jours, et connoître les officiers. Tout s'y passa moins en étude et en examens qu'en réceptions, en festins et en honneurs, tels qu'on auroit pu les rendre au Dauphin. Chacun s'y surpassa en cour et en bassesses pour le maître naissant de son sort et de sa fortune, qui revint peu instruit, mais beaucoup plus gâté qu'auparavant, et dans l'opinion d'être parfaitement au fait de tout. Le père crut avoir trouvé tout ce qu'il pouvoit désirer en M"* de Malause, qui étoit pensionnaire à la Yillel'Évêque à Paris. Sa mère, qui étoit Mitte, fille du marquis de Saint-Chaumont, étoit morte. Son père étoit un homme retiré dans sa province, après avoir servi quelque temps jusqu'à être brigadier, et s'étoit remarié à une Bérenger Montmouton, dont il avoit deux fils. Sa mère à lui étoit sœur des maréchaux de Duras et de Lorges, qui avoient toujours pris soin de cette famille avec amitié.

L'alliance en plut tant à Pontchartrain, qu'il traita ce mariage et qu'il en demanda l'agrément au Roi. Sa surprise fut grande lorsqu'il entendit le Roi lui conseiller

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de penser à antre chose. Comme colli^à lui convonoil^ il insista, tellement que le Roi lui dit franchomoni quo ooU<^ fille portoit les armes de Bourbon, qui lo ohoquonnoiit accolées avec les siennes, qu'il la vouloit luariiv à sou gré, et qu'en un mot il desiroit qu il n\Y pousAt plus. l«a mortification fut grande; les ministres n'y ôtoiout pas accoutumés : peu à peu ils sVtoient mis do oo iv^uo au niveau de tout le monde; ils avoient pris Thabit ot toutos les manières des gens de qualité; leurs foiuiuos «Moiont parvenues à manger et à entrer dans les carrossos par M** Coibert, sous le prétexte de suivre M** la prinoosso do Gonti, qu'elle avoit élevée; et d'ailleurs éloil oxtr^^moment bien avec la Reine. Douze ou quinze ans aprtNs, M. de Louvois Tobtint pour sa femme, sous prétexte qu'elle étoit fille de qualité, et par Fémulation qui éioit entre Oolbert et lui; de là leurs bellcs-fillos, ot i\ cet oxomplo lim autres femmes des secrétaires d'I^tat, ot t\ la fin rolh^H des contrôleurs généraux. Leurs alliances les Hotilcnoionl dans ce brillant nouveau, et leur autorité, dont tout sauH exception dépendoit, leur avoit acquis une supi^rlorité ot des distinctions étranges sur tout ce qui n'iHoit point titré, qui leur rendit bien amer et bien nouveau lo refus du Roi sur une alliance dont il n'auroit pas fait diftloultt^ avec qui que c'eût été de la noblesse ordinaire. Pontchartrain se garda bien de se vanter do ce qui lui (Hoit arrivé, et se hâta seulement de trouver des prétextes de rompre; mais le Roi, si secret toujours, ne Jugea pas & propos de Tètre dans cette occasion : il parla aux maréchaux de Duras et de Lorges, à M. dé Bouillon, parce que leur mère étoit sœur de M. de Turenne, et & d*autrei4 encore, de manière que ce que Pontchartrain avoit ca<;hé fut su, et que ses confrères n*en furent pas moin» moriliUin que lui.

M"* de Malause, unique de son lit, et Mes deux frhrM étoient la sixième et dernière génération, et la neule existante, de Ch. baron de Malause, sénéchal de Toulou»<5 ei de Bourbonnois, bâtard du duc J* il de Bourbon, coooé- SADiT-Sniojf I. "IkS

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table de France, qui ne laissa point d'enfants légitimes» et qui étoit frère de Pierre comte de Beaujeu, uiari de It célèbre M** de Beaujeu, fille de Loui» Xi, sœur et régente de la minorité de Charles VHI, qui fut duc de Bourboa après son frère, et qui ne laissa qu'une fille héritière, Sus. de Bourbon, qui épousa le Baalheureux connétable de Bourbon, si crueUement persécuté par la mère^ de Fraih çois P*, et qui fut tué devant Rome* à la tête de Tannée de Charles V, après s'être trouvé h la bataille de Pavie eontre François P^ Ils étoient frères de Louis de Beurheo, élu évoque de Liège, qui laissa un bâtard, tige dea sieurs de Busset, qui subsistent encore. Outre ces frèree légitimes, ils en eurent un bÀtard, qui fut comte de Roussillon, ami* rai de France, et qui figura avec sa femme, bâtarde de Louis XI et de Marg. de Sassenage. Mais l'amiral étoît bien loin alors d'être officier de la couronne» et la marine de ce temps*làk d'être sur un grand pied en France. Peu à Pf^u ces bâtards de Bourbon ont changé leur barre de bâtards et leurs autres et diverses marque» de bâtardise en bande, comme les princes de cette maison, et l'oût enfin raccourcie comme eux, tellement qu'il n'y a plus aucune différence entre les armes des légitimes et des bâtards; et c'est ce qui choquoit ai fort le Roi, qu'il ne voulut pas voir, disoit^il, â la. chaise à porteurs de la nouvelle mariée, les armes de Bourbon accolées â cellea de Phélypeaux,

Pontchartrain eut lieu de se consoler par une alliance d'une bien autre sorte, et à laquelle le Roi consentit sans peine, car lea mélanges qui meïtoient tout à l'unisson ne lui étoient point du tout désagréables en euxnaièmes. Ce fut sur une autre nièce des* maréchaux de Duras ek de Lorges, mais eelle4^ fiUe de leur seaur et de la maison de la Rochefoucauld, qu'il jeta les yeux. Elle étoit soeur des comtes de Bouey et de Bhmsac et da& chevaliers de Roje et de Roucy, et elle étoit élevée dana l'abhaye Notre^taae àSoissons. Us étoient la troisième génôration deCh. de la Rochefoucauld, fils du comte de la RocfaefoiMituldi qui fut

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toé à la Samt-Barthélemy et de sa seconde femme, Gh. de Roye, comtesse de Roucy, sœur de la princesse de Condé, {Hremière femme du prince de Condé tué à la bataille de Jamac. Tonte cette branche de la Rochefoucauld-Roye étoît huguenote. Lors de la révocation de Tédit de Nantes, le comte de Roye, père de celle dont il s'agit, et sa femme se retirèrent en Danemark, où, comme il étoit Ueutenant général en France, il fut fait grand maréchal et commanda toutes les troupes. G'étoit en 1683, et en 1686 il Alt filât chevalier de TËléphant. H étoit là très-grandement établi, et lui et la comtesse de Roye sur un grand pied de considération.

Ces rois du Nord mangent ordinairement avec du monde, et le comte et la comtesse de Roye avoient très-souvent r honneur d'être retenus à leur table avec leur fille, M"' de Roye. Il arriva à un dîner que la comtesse de Roye, frappée de rétrange figure de la reine de Danemark, se tourna à sa fille, et lui demanda si elle ne trouvoit pas que la Reine ressembloit à M"* Panache comme deux gouttes d*eau. Ouoiqu'elle Feût dit en françois, il arriva qu'elle n'avoit pas parié assez bas, et que la Reine, qui Fentendit, lui demanda ce qae c^étoit que cette M""* Panache. La comtesse de Roye, dans sa surprise, lui répondit que c'étoit une dame de la cour de France qui étoit fort aimable. La Reine, qui avoit vu sa surprise, n*en fît pas semblant, mais, inquiète delà comparaison, elle écrivit à Mayercron, envoyé deDanemarkàParis, et qui y étoit depuis quelques années, de lui mander ce que c'étoit que M"" Panache, sa figure, son âge, sa condition, et sur quel pied elle étoit à la cour de France, et que surtout elle vouloit absolument n'être pas trompée et en être informée au juste. Mayercron, à son tour, fut dans un grand étonnement. Il manda à la Reine qu'il ne comprenoit pas par où le nom de M"* Panache étoît allé jusqu'à dîe, beaucoup moins la sérieuse curiosité qu'elle lui marquort d^être informée d'elle exactement; que M"* Panache étoît une petite et fort vieille créature avec des fippes et des yeux éraiOés à y faire mal à cei

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