‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 291 sur 344 · CHAPITRE XXYffl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXYffl

Mort étrange de Charles XI, roi de Suède ; sa tyrannie ; son palais brûlé. — Princes Sobieski s'en retournent sans receyoir le. collier di Saint-Esprit. — Conduite désapprouvée de l'abbé de Polignac en Pologne ; abbé de Châteauneuf y ya la rectifier. — Froideur et plus du prince de Conti pour la Pologne. — Plénipopentiaires à Délit et k la Haye. — Distribution des armées; M. de Chartres, prince du sang, et M. du Maine ne servent plus. — Àth pris par le maréchal Catinat. — Siège et prise de Barcelone par le duc de Vendôme, qui est fait Yice-roi de Catalogne. — J'arrive à l'armée du maréchal de Choiseul , qui passe le Rhin. — Belle retraite da maréchal de Choiseul. — Inondations générales. — Beau projet do maréchal de Choiseul, avorté par ordre de la cour, qui fait repasser le Rhin à l'armée.

Charles XI, roi de Suède, mourut à quarante-deux ans, le 15 avril de cette année, à Stockholm. Il étoit de la maison palatine, et son père, le célèbre Charles-Gustave, en faveur duquel la reine Christine fut obligée d'abdiquer, étoit fils de Catherine, sœur de ce grand Gustave-Adolphe, le conquérant de FAllemagne, tous deux enfants de ce duc de Sudermanie qui usurpa la Suède sur SigismoDd, roi de Pologne, fils de son frère Jean III, roi de Suède. Charles XI succéda à son père en 1660, n'ayant que cinq ans , sous la tutelle d'Éléonore d'Holstein , sa mère ; et avant qu'il eût vingt-cinq ans, il gagna plusieurs batailles en personne et d'autres grands avantages sur les Danois.

Il en sut profiter, dès 1680, contre son pays. Il s'afiFranchit de tout ce qui bridoit l'autorité royale, parvint au pouvoir arbitraire, et incontinent après qu'il l'eut afifermi, le tourna en tyrannie. Il abolit les états généraux et anéantit le sénat, desquels il tenoit toute son autorité nouvelle, et s'appliqua avec trop de succès à la destruction radicale de toute l'ancienne et grande noblesse, à laquelle il substitua des gens de rien. Il ruina tous les seigneurs et les maisons même qui, sous les deux célèbres Gustaves, se i père et celui de Christine, avoient le plus grandement servi sa couronne

[1697] HE OUfttBS XI, MN MB SOÈM« 4t$l

de leurs conseils et de leurs bras, et qui, d^ns le penchant de la Suède, mprès la mort du grand Gustave-Adolphe, Ta- Yoient le plus fortement soutenue et s^étoient acquis le plus de réputation en Europe. 11 établit une chambre de révisions, qui fit rapporter non-seulement toutes les gr^lifications et les grâces reçues depuis Tavéncment du grand Gustave-Adolphe à la couronne, mais les intérêts qu'elle en estima et tous les fruits, et qui confisqua tous les biens sans miséricorde. Les plus grands et les plus riches tom-^ bèrent dans la dernière misère ; grand nombre emporta ce qu'il put dans les pays étrangers; et tout ce qu'il y avoit en Suède de noble et de considérable demeura écrasé.

Le genre obscur et cruel de la longue maladie dont il mourut a fait douter entre la main de Dieu vengeresse et le poison. Jusqu'après sa mort, son corps ne fût pas à couvert de la punition en ce monde : le feu prit au palais où il étoit encore exposé en parade. Ce fût avec grand'peine qu'on le sauva des flammes, qui consumèrent tout le palais de Stockholm. Il mourut avec l'honneur d'avoir été accepté pour médiateur de la paix qui se traitoit. Ce fut en sa faveur que le Roi tint si ferme en colle do Nimègue, on 1679, pour lui faire restituer les provinces qu'il avoit perdues. Enfin c'est le père de Charles XII, qui depuis a fait tant de bruit en Europe et achevé de ruiner la Suèdo. La mère de ce dernier étoit fille de Frédéric 111, roi do Danomarck, morte dès 1693, et la Reine sa grand'mère fut encore une fois régente.

Les princes Alex, et Const. Sobieski se lassèrent d'un incognito qui ne leur donnoit rien ici, et qui marquoit seulement qu'ils n*y pouvoient obtenir les distinctions dont ils s'étoient flattés. Cette raison les fit renoncer & recevoir ici l'ordre du Saint-Esprit, On y étoit fort mécontent de la Reine leur mère. Ils prirent le parti de s'en aller, et de dire qu'ils vouloient arriver en Pologne avant l'élection : ils prirent ainsi congé du Roi, et s'en allèrent ver» la miavril.

Les nouvelles de ee pays commençoieni à n'être plus si

430 commrc dk l'abbé tm poi.i6wag. [1697]

faroraFcs. On apprit arec étonnemcfirt que Fabbé âe Pdi- ^ac s'était beaucoup trop araneé et, entre tvtre promesses, s'étoît engagé d*aeeorder que le pnooe de Cmêû prendroît à ses dépens Gaminiee^ etecwpé par les lares, et qn'îl feroit cette conquête ayanli s«n couromemeiit, sans qnoî son Section demeureroH iraUe. U» fMtrtôcvlier, quelque grand et riche et appuyé qu'il Kit, ne pouvait pas se flatter de suffire à cette dépense, et de hàre dépendre ia validité de Félectîon du succès de cette entreptîse : c'étoit exposer la fortune d'un prince du sang, noDHseiifeineiil à Ilncertitude des hasards d'un grand 8iég«, mais à tontes les trahisons de ceux quf se trouversient înléressé» à le Ikire échouer par leur engagement centre rélectmi de ce prince. On en fut si choqué à la cour, qu'en envoya Forval en Pologne pour voir plus dair à ces avances de Fabbé de Polignac, essayer de raccommoder ce qu'il avoîl gftté^ et donner des nouvelles phzs nettes et pLv» désintéresMèei de toute cette négociation. Peu après arriva on gentil* homme de la part du cardinal Radziewsli, archevêque de Gnesne, qui étoit à la tête du parti du prince de GontI, et qui, comme prfmat de Pologne, étoit à la tête de la ri^ablique pendant rînterrégne. Le compte qu'il rendit, et la commission dont il étoît chargé pour le Roi et pour ce prince, donnèrent beaucoup d'espérances, mais peu d'opinion de la conduite de fabbé de Polignac, qui, parÊsûte^ ment bien avec la reine de Pologne, s'étort branillé avec elle jusqu'aux éclats et à Findécence, teflement qv'ii ttt jugé à propos d'envoyer Fabbé de Chàteauneof hii iervir d'évangéliste, et qui porta à l'abbé de Po^nae des ordres très-précis de ne rien faire que de concert avec laL M étoit frère de notre ambassadeur à GotistaBtniopèe. €'étoient deux Savoyards, tous deux gens de beaucoup d'esprit et de belles-lettres, et tous deux fort caqpabk» d'afiaires, l'ahié avec {dus de manège, Taotre avec encore ph» de fond et de sens ; et on prit le parti d'attendre qu'il se fût bien mis au fait de tout en Pologne, et d'en être informé par lui avant cpie de s'embarquer pin» avant.

[1697] FROIDEUR DU PRINCE DE CONTI rOUR LA POLOGNE. 431

M. le prince de Gonti étoit fort éloigné de désirer le succès d'une aération à laquelle il n*aYoit jamais pensé ; il alloit jusqu'à le craindre. Il étoit prince du sang, et quoique malvoulu du Roi, il jouissoit de Testime et de raffection publique; il profitoit encore de la compassion de sa situation délaissée et de son espèce de disgrâce, du parall^ qu'on faisoit entre lui si nu, et M. du Maine si comblé, de la préférence sur lui de M. de Vendôme pour le commandement de l'armée, et de l'indignation qui en naissoit. Élevé avec Monseigneur, extrêmement bien avec lui et dans toute sa privance, il comptoit sur le dédommagement le plus flatteur et le plus durable sous son règne. Enfin il étoit passionnément amoureux de Madame la Duchesse : elle étoit charmante, et son esprit autant que sa figure. Quoique Monsieur le Duc fût fort étrange et étrangement jaloux, M. le prince de Gonti ne laissoît pas d'être parfaitement heureux. Par ce recoin secret, il tenoit de plus en plus à Monseigneur, qui commençoit fort à s'amuser de Madame la Duchesse, laquelle avoit su lier sourdement avec M"* Choin. C'en étoit trop pour que le brillant d'une couronne pût prévaloir sur les horreurs de s'expatrier pour jamais : aussi parut-il extrêmement froid dans toute cette affaire, très-attentif à en faire peser toutes les difficultés, qt si lent à la suivre, qu'on s'aperçut aisément de toute sa répugnance.

Après quelques difficultés et quelques délais sur les passe-ports des plénipotentiaires du Roi pour la paix, ils arrivèrent, et incontinent après Harlay et Grécy, qui étoient à Paris, partirent, et ils se brouillèrent dès LiÛo. Le Normand, fermier général en ce département, y étoit, qui fournit de bons chevaux à Grécy, son ami, et ne donna que des colliers et des charrettes à l'autre, qui, au lieu de ne s'en prendre qu'à la sottise du fermier général, s'em* porta contre son collègue. Il écrivit à la cour des plaintes amères. Le Normand fut blâmé, Harlay encore plus, qui, sur les réponses sèches qu'il reçut, se hâta de se raconimoder avec Grécy. A Gonrtray, ils apprirent que les pléoi-

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