DISTRIBUTION DES ARMÉES
potentiaires des alliés avoient le caractère d^ambassadeurs, et qu*îls se préparoient à leur faire beaucoup de chicanes sur le cérémonial, parce qu'ils ne Tavoient point. Ils dépêchèrent donc un courrier là-dessus, qu'ils attendirent à Gourtray, et qui leur apporta le caractère d'ambassadeurs; c'est ce qui fut cause qu'ils ne reçurent que des civilités, mais aucuns honneurs sur toute la frontière françoise, et que celle des ennemis leur en rendit de fort grands, ainsi que le dedans de leurs pays. Ils arrivèrent à DeUt, où ils trouvèrent Gaillières. Ceux des aUiés et de Suède étoient à la Haye, à quatre lieux d'eux; et à demi-lieue de Delft, le château de Ryswick au prince d'Orange, où ils dévoient tous se trouver pour traiter. On l'avoit ouvert par divers côtés, afin que chacun pût entrer et sortir par le sien, et s'asseoir vis-à-vis de son entrée autour d'une table ronde, pour éviter toute dispute de rang et de compétence. Force jeunes gens de robe et de Paris étoient allés à la suite des nôtres. Harlay y avoit mené son fils, qui avoit beaucoup d'esprit et encore plus de débauche et de folie, et qui fit là toutes les extravagances les plus outrées et les plus continuelles, et dont plusieurs pouvoient avoir des suites fâcheuses et embarrassantes même, sans que le père parût y donner la plus légère attention.
La disposition des armées fut la même que l'année précédente, mais les princes ne servirent point. Le Roi en étoit convenu avec Monsieur pour M. le duc de Chartres, et avec Monsieur le Prince pour Monsieur le Duc et M. le prince de Conti, qui se chargea de le leur dire. Le Roi à la fin prit ce parti, par le contraste de M. de Vendôme, qui commandoit une armée, et par ce qui s'étoit passé en Flandres de M. du Maine, qui ayant lait encore une campagne depuis, en fut dispensé pour toujours. M. le comte de Toulouse, qui n'avoit pas en soi la même raison, commanda la cavalerie dans l'armée du maréchal de Boufilers; et chacun partit pour les frontières. Le maréchal Catinat, qui n'avoit plus d'occupation en Italie, £ut une armée en Flandres, avec laquelle il ouvrit la cam-