‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 311 sur 344 · SUSPENSION D^ARHES SUR LE RHIN · texte numérisé non relu

SUSPENSION D^ARHES SUR LE RHIN

de Vienne, ce qui n'empôcheroit pas d'observer la suspension en attendant. Il défendit donc aussitôt tous actes d'hostilité, et rappela tous les hussards et les partis qui étoient dehors. J'eus grande envie de prendre cette occasion d'aller voir Mayence; plusieurs y furent, mais je n'en pus jamais obtenir la permission du maréchal. Il se tint toujours à dire que j'étois trop marqué, et que, tout général d'armée qu'il étoit, il n'y avoit que le Roi qui pût permettre à un duc et pair de sortir du royaume. Nous n'en fûmes pas longtemps à portée, mais ma curiosité n'en fut pas moins dépitée. La suspension étoit jusqu'au i*' novembre, et laissoit à cette armée liberté de subsister en attendant en pays ennemi. Gomme parla suspension il n'y avoit rien à craindre, et que les fourrages manquoient absolument, l'armée alla cantonner dans le pays de la Sarre, et le maréchal prit son quartier général aux Deux-Ponts Un comte de Nassau Hautveiller, voisin de là, y amena de fort bons chiens courants pour le lièvre, et cette honnêteté nous fit grand plaisir. L'ennui nous faisoit faire des promenades à pied de trois et quatre lieues, et nous gagna à tel point plusieurs que nous étions, qu'il nous persuada une vraie équipée.

Du Bourg, lors maréchal de camp et directeur de la cavalerie, faisoit ses revues par les quartiers. Il nous conta plusieurs choses curieuses d'une femme possédée, qu'il avoit apprises en passant à l'abbayé de Metloch, à deux lieues de Sarrelouis, qu'on y exorcisoit, et que pourtant il n' avoit point vue. Sur cela nous partîmes sept ou huit, moitié relais, moitié poste, pour faire dix-huit lieues. Au sortir de Sarrelouis, nous trouvâmes des gens qui en venoient, qui nous assurèrent que cette possédée n'étoit rien moins, mais ou une espèce de folle, ou une pauvre créature qui cherchoit à se faire nourrir. La honte et le courrier qui portoit les quartiers d'hiver et l'ordre de la séparation de l'armée, que nous avions rencontré à deux lieues de là, nous empêchèrent de pousser plus loin. Nous tournâmes bride, et revînmes tout de suite aux Deux- Ponts, où je trouvai le courrier du cabinet couché dans le

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lit de mon yalet de chambre. Dès le lendemain matin jo pris congé de H. le maréchal de Choiseul, et je partis pour Paris.

Cette sottise me fait souvenir d'une histoire si extra- ' ordinaire et de telle nature, que pour ne la pas oublier et pour n*en pas allonger ces Mémoires^ je la mettrai parmi les pièces, page 3 *, et ma raison la voici : j'avois \hS une grande amitié, dans les mousquetaires, avec le marquis de Rochechouart Faudoas, qui y étoit aussi, quoique do plusieurs années plus âgé que moi. G'étoit un houuuo de < valeur, d'excellente compagnie, et de beaucoup d'esprit, ' de sens, de discernement et de savoir. 11 étoit riche et paresseux. 11 ne trouva pas les portes ouvertes pour s'avancer dans le service aussi promptement qu'il eût vouhi : il se dépita contre M. de Barbezieux, et quitta. M*"' la duchesse de Mortemart et moi le voulûmes marier à une flUe de H. le duc de Ghevreuse, qui épousa ensuite M. do Lévy. M. de Ghevreuse en mouroit d'envie, mais il ne flnissoit pas aisément une affaire. M. de Rochechouart s'ou InHsu, et il épousa une Chab'anue, riche, fille du niurqui» d(^ Gurton. Il ne vécut pas longtemps avec elle, n'en eut point d*enfants, et mourut chez lui près do Toulouse fort brusquement. Sa femme en fut si touchée qu'elle se (It religieuse aux Bénédictines de Montargis, où elle vit trènsaintement. J'ai voulu expliquer quel étoit le marquis de Rochechouart, parce qu'il a été témoin oculaire de l'histoire dont il s'agit, qu'il vint tout droit à Paris du lieu, près de Toulouse, où il en eut le spectacle, et me lu conta eu arrivant : c'étoit en carême 1696. Je lui en fis tant do scrupule, qu'il alla au grand pénitencier. Par la dernière lettre que j'ai reçue de lui, de chez lui, où il étoit retourné en automne la même année, il me mandoit que la même histoire, interrompue h sa vue la première fois, recommençoit dans le même lieu avec le savant et Thomme de Pampelune, et que dans peu de jours il m'en feroU savoir

1. Cette indicatfon de page ett en marge dans le manuierit Voyez, tur cet pièces JustifieatiTee, qiA n'ont paa été retrouyéea, dHleiMia, p« 480, note U

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