CURIEUX SORTILÈGE
le succès définitif. C'est en ce point qu'il mourut, et je n'en ai pu apprendre de nouvelles, parce qu'ayant promis le secret du nom de son ami et du lieu où cela se passoit, il ne me voulut jamais nommer ni Tun ni Fautre. Ce marquis de Rochechouart fut une vraie perte, et je le regrette encore tous les jours.
La campagne se passa fort tranquillement en Flandres, depuis la prise d'Ath par le maréchal Catinat. Il n'y fut partout question que de s'observer et de subsister. La paix cependant se traitoit fort lentement à Ryswick, où il s'étoit perdu beaucoup de temps en cérémonial et en communications de pouvoirs. Les HoUandois, qui vouloient la paix, s'en lassoient, et plus encore le prince d'Orange, qui avoit beaucoup perdu en Angleterre et ne tiroit pas du Parlement ce qu'il vouloit. Son grand point étoit d'être reconnu roi d'Angleterre par la France, et s'il pouvoit, d'obliger It Roi à faire sortir de son royaume le roi Jacques d'Angleterre et sa famille. L'Empereur, fort embarrassé de sa guerre de Hongrie, des révoltes de cette année, des avantages considérables que les Turcs y avoient remportés, ne vouloit point de paix sur la mauvaise bouche. Il retenoit l'Espagne par cette raison, dans l'espérance d'événements qui le missent en meilleure posture et lui procurassent des conditions plus avantageuses. Tout cela arrêtoit la paix. Le prince d'Orange, bien informé du désir extrême que le Roi avoit de la faire, jugea en devoir profiter pour tirer meilleur parti de l'opiniâtreté de la maison d'Autriche, et sans avoir l'air de l'abandonner, après en avoir reçu une si utile protection contre les Stuarts et les catholiques pour son usurpation, faire une paix particulière, en stipulant pour cette maison, si elle vouloit y entrer, sinon conclure pour l'Angleterre et la Hollande, et s'en sauver en alléguant que cette république, dont il recevoit ses principaux secours et de laquelle il étoit bien connu qu il étoit maître plus que souverain, et l'Angleterre, dont il ne Tétoit pas tant à beaucoup près, quoique roi, lui avoient forcé la main, et que tout ce qu'il avoit pu, dans une presse si