‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 313 sur 344 · PORTLAND ET SES CONFÉRENCES AYEC BOUFFLERS · texte numérisé non relu

PORTLAND ET SES CONFÉRENCES AYEC BOUFFLERS

peu volontaire, avoit été de prendre soin, autant qu*il ayoit pu, de mettre à couvert les intérêts de l'Empereur et de TËspagne. Suivant cette idée, qu'il fit adopter secrètement aux Hollandois, Portland, par son ordre, fit demander, tout à la fin de juin, une conférence au maréchal de Boufflers, à la tête de leurs armées.

Portland étoit Hollandois, s'appeloit Bentinck, avoit été beau et parfaitement bien fait, et en conservoit encore des restes. Il avoit été nourri page du prince d'Orange ; il s*étoit personnellement attaché à lui. Le prince d'Orange lui trouva de l'esprit, du sens, de l'entregent, et propre à remployer en beaucoup de choses. Il en fit son plus cher favori, et lui communiquoit ses secrets, autant qu'un homme aussi profond et aussi caché qu'étoit le prince d'Orange en étoit capable. Bentinck, discret, secret, poli aux autres, fidèle à son maître, adroit en affaires, le servit très-utilement. Il eut la première confiance du projet et de l'exécution de la révolution d'Angleterre ; il y accompagna le prince d'Orange, l'y servit bien ; il en fut fait comte de Portland, chevalier de la Jarretière, et fut comblé de biens; il servoit de lieutenant général dans son armée. II avoit eu commerce avec le maréchal de Boufflers, à sa sortie de Namur et pendant qu'il fut arrêté.

Le prince d'Orange n'ignoroit ni le caractère, ni le degré de confiance et de faveur auprès du Roi, des généraux de ses armées. Il aima mieux traiter avec un homme droit, franc et littéral, tel qu'étoit Boufflers, qu'avec Femphase, les grands airs et la vanité du maréchal de Villeroy. Il ne craignit pas plus l'esprit et les lumières de Tun que de Tautre, et il comprit que ce qui passeroit par eux iroit droit au Roi, et reviendroit de même du Roi à eux, mais que par Boufflers ce seroit avec plus de précision et de sûreté, parce qu'il n'y ajouteroit rien du sien, ni à informer le Roi, ni à donner ses réponses. Boufflers répondit à un gentilhomme du pays, chargé de cette proposition de Portland, qu'il en écriroit au Roi par un courrier exprès, et ce courrier lui apporta fort promptement

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