‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 319 sur 344 · SA FORTUNE ET SA FAMILLE · texte numérisé non relu

SA FORTUNE ET SA FAMILLE

affligée, mais elle n'y perdit rien : Pelletier conserva tout son crédit, et fit plus pour elle de sa retraite qu'il n'avoit fait jusqu'alors à la cour. Il ne vit exactement personne à Villeneuve que sa plus étroite famille et quelques gens c!e bien. Il passa l'hiver à Paris, avec son fils, dans sa maison, et s'y élargit un peu davantage. Il étoit fort des amis de mon père, et il voulut bien me voir. J'en fus ravi, et j'admirai moins la sérénité tranquille et douce que je remarquai en lui, que son attention à rompre tout discours sur sa retraite et qui sentît l'encens. 11 avoit lors soixante-six ans et une santé parfaite de corps et d'esprit. Il passa toujours les hivers à Paris, où je le voyois de temps en temps, et toujours avec plaisir et respect pour sa vertu, et tout le reste de l'année à Villeneuve, et soutint sa retraite avec une grande sagesse et une grande piété. Il avoit épousé une Fleuriau, veuve d'un président de Fourcy, qu'il avoit perdue il y avoit longtemps. M"* de Châteauneuf, femme du secrétaire d'État, étoit fille du premier mariage de sa femme, laquelle avoit un frère d'âge fort disproportionné d'elle, qui étoit M. d'Armenonville; M. Pelletier le fit travailler sous lui, et lui procura une charge d'intendant des finances; il a été fort connu dans le monde, et j'aurai occasion d'en parler.

M. Pelletier, outre eon fils aîné, en eut deux autres, et deux filles, mariées à M. d'Argouges et à M. Aligr«, maîtres des requêtes tous deux. De sa retraite il fit le premier conseiller d'État, l'autre président à mortier, tous deux fort jeunes, et un de ses fils évêque d'Angers, puis d'Orléans, quoique éborgné jeune d'une fusée à une fenêtre de l'hôtel de ville, au feu de la Saint-Jean; l'autre fut supérieur des séminaires de Saint-Sulpice. C'étoit un cafard, qui en bannit la science et y mit tout en misérables minuties. Il usurpa du crédit à force de molinisme, et eut souvent part aux grâces ecclésiastiques. Il étoit lourde dupe et dominoit fort le clergé. C'étoit un animal si plat et si glorieux, qu'il disoit quelquefois à ses jeunes séminaristes, qu'il malmenoit pour des riens : a Mais vous autres,

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à qui croyez-voufi donc aroir affaire? Sarez-vous que je sui» fil» d'un ministre d*État et contrôleur général^ et frère d*un évèque et d'un président à mortier? » et avec cela il croyoit avoir tout dit

Le Hoj ne remplit point la place de ministre, et donna le soin des postes à M. de Pompone. Peu de Jours après, voyant au conseil des dépêches de Rome qui ne ressembloient pas à celles qu*il avoit accoutumé de rece* voir du cardinal de Janson, qui, après sept ans de séjour fort utile, ne faisoit qu*en arriver, le Roi se mit sur ses louanges, et ajouta qu'il regardoit comme un vrai malheur de ne pouvoir pas le faire ministre. Torcy, qui avoit porté les dépôches, mais sans s'asseoir ni opiner encore, cmt faire sa cour de dire, entre haut et bas, qu*il n'y avoit personne plus propre que lui, et que dès qu*il avoit le bonheur d'en être estimé capable par le Roi, il ne voyoit pas ce qui pouvoit Tempècher de l'être. Le Roi, qui l'entendit, répondit que lorsqu'à la mort du cardinal Mazarin il avoit pris le timon de ses affaires, il avoit en grande connoissance de cause bien résolu de n'admettre Jamais aucun ecclésiastique dans son conseil, et moins encore les cardinaux que les autres, qu'il s'en étoit bien trouvé et qu'il ne changeroit pas. Il ajouta qu'il étoit bien vrai qu'outre la capacité, le cardinal de Janson n'auroit pas les inconvénients des autres, mais que ce seroit un exemple, qu'il no le vouloit pas faire, ce qui ne l'empêchoit pas de regretter do ne l'y pouvoir faire entrer. Je l'ai su de Torcy même, et longtemps auparavant, de M. de Beauvillier et de M. de Pontchartrain père.

Le comte de Portland fut destiné à l'ambassade de France, le comte d^ Tallart à celle d'Angleterre, Donrepaus & celle de Hollande, qui fut relevé en Danemark par le comte de Chamilly, neveu du lieutenant général. Quelque temps après, Villars, commissaire général de la cavalerie, fils du chevalier de l'ordre, fut choisi pour envoyé à Vienne; Phélypeaux, maréchal de camp, & Cologne; des Alleurs, à Berlin ; du Héron, colonel de dragons, à Wol-

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fenbuttel; d'Ibervillo* à Mayonco. Ronropnu««o prt^toiuU^it gentilhomme du pays do Foix ; il avoit pattHt^ m vio dauA les bureaux do la marine. M. do Soignolay s'ou sorvolt avec conflanco, et quoiquo Tonclo ot lo novou no t\ii«sont pas toujours d'accord, M. do Croissy lui donna nm^i^i la sienne. Un traité do marine et do oommorco quo. pondant la paix préci^donto, il alla fhire en Anglotorrt\ où il réussit fort bien, lo fit connottre à Oroissy. Il y domoura longtemps à reprises, ot en homme d'esprit et do sons, se procuroit des occasions do fiiiro des voyages à la cour, od il fit valoir son travail. Cot emploi lo décrassa : il continua à travailler sous M. do Soignolay, puis sous M, do Pontchartrain, mais non plus sur lo piod do promior commis. Il obtint permission d'achotor une chnrgo do lootiMir du Roi, pour on avoir les onliuWs ot un logomont (i V(M*(^»illes; il s'y éloil fait dos amis do ceux do M. do Soignolay, et d*autro8 encore; il étoit honnCto homnio, ot fort bien reçu dans les maisons los plus disiiugnéos do la cour : tout cela Taida à prendre un plus grand vol, ol il n^n^lt toujours dans ses anibassados. ONMoil un tr^ix-potil homme, gros, d'une figure nsHiVA ridictih*, avec un nrroni désagréable, mais qui parloil. bien, cl avec qui 11 y avnlt. t\ apprendre, et ni/^tne à s'atunsor. Quoiquo il tn^ se i\\\ pim donné pour un aulro, il rloilHuge et. reM|MMMnnnx. 11 avolt

, fort gagné chez. M. de Seignelay pondanl. lu prospérité do la marine, il étoit riche et entendu, fort bonorablo, et tontcfois ménngeoit tr^s-blen son fait. 11 étoit frère dn d'Usson, lieutenant général, qui n*ét.oit pas stins ninrlt(« h la guerre, où il a passé toute sa vie; point mariés tous deux.

\ Us prirent soin d'un fils de leur frère aîné, qui étoit

, demeuré dans son pays de Foix, et dont on n*a Jannils ouï parler; ce neveu s^appeloit Bonac, dont J*aurai occasion de

^ parler.

Des Alleurs étoit un Normand de fort peu de chose, fait & peindre et de grande mine, qui lui avolt (orl servi en sa Jeunesse. Jl avoit été longtemps capitaine aux garde», et servit toute cette guerre do major général à Tar-

468 MORT DE SANTEUIL. [i697[

en un mot, princes et princesses, c'étoit de toute la maison de Condé à qui Taimoit le mieux, et des assauts continuels avec lui de pièces d*esprit en prose et en vers, el de toutes sortes d'amusements, de badinages et de plaisanteries ; et il y avoit bien des années que cela duroit. Monsieur le Duc voulut remmener à Dijon; Santeuil s'en excusa, allégua tout ce qu'il put : il fallut obéir, et le voilà chez Monsieur le Duc, établi pour le temps des états. C'étoient tous les soirs des soupers que Monsieur le Duc donnoit ou recevoit, et toujours Santeuil à sa suite, qui faisoit tout le plaisir de la table. Un soir que Monsieur le Duc soupoit chez lui, il se divertit à pousser Santeuil de vin de Champagne; et de gaieté en gaieté, il trouva plaisant de verser sa tabatière pleine de tabac d'Espagne dans un grand verre de vin, et de le faire boire à Santeuil pour voir ce qui en arrrveroit. Il ne fut pas longtemps à en être éclairci : les vomissements et la fièvre le prirent, et en deux fois vingt-quatre heures, le malheureux mourut dans des douleurs de damné, mais dans les sentiments d'une grande pénitence, avec lesquels il reçut les sacrements, et édifia autant qu'il fut regretté d'une compagnie peu portée à l'édification, mais qui détesta une si cruelle expérience.

D'autres morts suivirent de près : le baron de Beauvais d'apoplexie, duquel j'ai parlé ailleurs, que le Roi regretta; la Chaise, capitaine de la porte et frère du P. de la Chaise, qui d'écuyer de l'archevêque de Lyon, dont il commandoit l'équipage de chasse, lui fit cette fortune. Ils ne s'y oublièrent ni l'un ni l'autre : tous deux firent toujours une profession ouverte de respect et d'attachement pour MM. de Villeroy, et la Chaise n'éviloit point de parler de l'archevêque de Lyon et de ses chasses. C'étoit un grand échalas, prodigieux en hauteur, et si mince qu'on croyoil toujours qu'il alloit rompre, très-bon et honnête homme. Il mourut en revenant de Bourbon, et son fils eut aussitôt sa charge, et deux jours après, le Roi écrivit de sa mam au P. de la Chaise qu'il donnoit à son

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