‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 320 sur 344 · HORT DE LA DUCHESSE DE LA FEUILLADE · texte numérisé non relu

HORT DE LA DUCHESSE DE LA FEUILLADE

neveu cent mille écus de brevet de retenue, qui étoit aussi un fort honnête garçon.

La duchesse de la Feuillade mourut à Paris fort jeune, de la poitrine , et ce fut dommage de toutes façons. 11 n'y eut que son mari qui ne s*en soucia guère : il avoit toujours très-mal vécu avec elle, quoiqu'elle ne méritât rien moins, et avec un parfait mépris pour sa famille, qui avoit toujours fait merveilles pour lui. Il répondit une fois assez plaisamment à quelqu'un qui vouloit parler à son beau-père, et qui lui demanda ce qu'il faisoit, qu'il étoit à éplucher de la salade avec ses commis : en effet, Ghâteauneuf n'avoit aucun département que des provinces *. Les huguenots étoient le département particulier de sa charge de secrétaire d'État, qui la rendoit importante lorsqu'ils faisoient un corps armé avec lequel il falloit compter, mais depuis la révocation de l'édit de Nantes, cette charge de secrétaire d'État étoit à peu près une nulle •, et Châteauneuf, de son génie et de sa personne, existoit encore moins s'il se pou voit. La Feuillade n'eut point d'enfants de ce mariage, et n'avoit guère cherché à en avoir.

Le duc de Duras mourut de la petite vérole, et de beaucoup d'autres, en Flandres, pendant la campagne. Il étoit brigadier de cavalerie avec distinction, et l'affaire de sa survivance de capitaine des gardes du corps étoit comme faite, ce qui augmenta fort la douleur de sa famille. Sa mère, sœur du duc de Ventadour, ne s'en est jamais consolée; elle l'aimoit uniquement. C'étoit un homme bien fait et d'une beauté singulière : le vin et les débauches l'avoient fort changé et rendu goutteux. C'étoit un fort honnête homme, et fort aimé, brave, doux et voulant faire, mais sans aucun esprit. Son père l'avoit assez étrangement marié de tous points ; il lui céda sa dignité en le mariant, le fît appeler le duc de Duras, et prit le

1. Les quatres secrétaires d'État se partageaient les provinces ; il n'y ayait pas alors de ministère de l'intérieur.

Page 1