‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 41 sur 344 · OÙ ET COMMENT [1691J · texte numérisé non relu

OÙ ET COMMENT [1691J

mère me répétoit sans cesse la nécessité pressante où se trouveroit de valoir quelque chose un jeune homme entrant seul dans le monde , de son chef, fils d'un favori de Louis XIII dont tous les amis étoient morts ou hors d'état de Faider, et d'une mère qui, dès sa jeunesse, élevée chez la vieille duchesse d'Angoulême, sa parente, grand'mère maternelle du dernier duc de Guise, et mariée à un vieillard, n'avoit jamais vu que leurs vieux amis et amies, et n'avoit pu s'en faire de son âge. Elle ajoutoit le cléfaut de tous proches, oncles, tantes, cousins germains, qui me laissoit comme dans Fabandon à moi-même, et augmentoit le besoin de savoir en faire un bon usage , sans secours et sans appui; ses deux frères obscurs, et Taîné ruiné et plaideur de sa famille , et le seul frère de mon père sans enfants et son aîné de huit ans. En même temps, elle s'appliquait à m'élever le courage, et à m'exciter de me rendre tel que je pusse réparer par moi-même des vides aussi difficiles à surmonter. Elle réussit à m'en donner un grand désir. Mon goût pour l'étude et pour les sciences ne le seconda pas , mais celui qui est comme né avec moi pour la lecture et pour l'histoire, et conséquemment de faire et de devenir quelque chose par l'émulation et les exemples que j'y trouvois, suppléa à cette froideur pour les lettres; et j'ai toujours pensé que si on m'avoit fait moins perdre de temps à celles-ci , et qu'on m'eût fait faire une étude sérieuse de celle-là, j'aurois pu y devenir quelque chose.

Cette lecture de l'histoire, et surtout des Mémoires particuliers de la nôtre, des derniers temps depuis François I", que je faisois de moi-même, me firent naître l'envie d'écrire aussi ceux de ce que je verrois, dans le désir et dans l'espérance d'être de quelque chose, et de savoir le mieux que je pourrois les affaires de mon temps. Les inconvénients ne laissèrent pas de se présenter à mon esprit; mais la résolution bien ferme d'en garder le secret à moi tout seul me parut remédier à tout. Je les commençai donc en juillet 1694, étant mestre de camp d'un régiment de cavalerie de mon nom, dans le camp de

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