CES MÉMOIRES COMMENCÉS
Guimsheim* sur le Vieux -Rhin, en Farmée commandée par le maréchal duc de Lorges.
En 1691, j'étois en philosophie, et commençois à monter à cheval à Tacadémie des sieurs de Mémon et Rochefort, et je commençois aussi à m'ennuyer beaucoup des maîtres et de Fétude, et à désirer fort d'entrer dans le service. Le siège de Mons, formé par le Roi en personne, à la première pointe du printemps, y avoit attiré presque tous les jeunes gens de mon âge pour leur première campagne; et ce qui me piquoit le plus, M. le duc de Chartres y faisoit la sienne. J'avois été comme élevé avec lui, plus jeune que lui de huit mois, et si Fâge permet cette expression entre jeunes gens si inégaux, Famitié nous unissoit ensemble. Je pris donc ma résolution de me tirer de Fenfance, et je supprime les ruses dont je me servis pour y réussir. Je m'adressai à ma mère : je reconnus bientôt qu'elle m'amusoit; j'eus recours à mon père, à qui je fis accroire que le Roi , ayant fait un grand siège cette année , se reposeroit la prochaine. Je trompai ma mère, qui ne découvrit ce que j'avois tramé que sur le point de Fexécution et que j'avois monté mon père à ne se laisser point entamer.
Le Roi s'étoit roidi à n'excepter aucun de ceux qui entroient dans le service , excepté les seuls princes du sang et ses bâtards, de la nécessité de passer une année dans une de ses deux compagnies de mousquetaires, à leur choix, et de là à apprendre plus ou moins longtemps à obéir, ou à la tête d'une compagnie de cavalerie, ou subalternes dans son régiment d'infanterie, qu'il distinguoit et afifectionnoit sur tous autres , avant de donner Fagrèment d'acheter un régiment de cavalerie ou d'infanterie, suivant que chacun s'y étoit destiné. Mon père me mena donc à Versailles, où il n' avoit encore pu aller depuis son retour ie Blaye, où il avoit pensé mourir. Ma mère Fy étoit allée trouver en poste, et Favoit ramené encore fort mal, en sorte qu'il avoit été jusqu'alors sans avoir pu voir le Roi. En lui