‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 53 sur 344 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Mariage de M. le duc de Chartres. — Cause de la préséance des princes lorrains sur les ducs à la promotion de 1688. — Premiers commencements de l'abbé du Bois, depuis cardinal et premier ministre. — Appartement. — Fortune de Villars père. — Maréchale de Rochefort. — Comte et comtesse de Mailly. — Marquis d'Arcy, et comte de Fontaine Martel et sa femme.

Le Roi, occupé de l'établissement de ses bâtards, qu*il agrandissoit de jour en jour, avoit marié deux de ses filles

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à deux princes du suig. M"^ la princesse de Conti« seule fille du Roi et de M"^ de la Vallière^ êtoit veuve $ans enfonts; Fautre, fille idnée du Roi et de M"^ de Montespan, avoit épousé Monsieur le Duc. 11 y avoit longtemps que M** de Maintenon, encore plus que le Roi« ne songeoit qu'à les élever de plus en plus, et que tous deux vouloient marier M^ de Blois, seconde fille du Roi et de M"^ de Montespan, à M. le duc de Chartres. Cétoit le propre et Tunique neveu du Roi, et fort au-dessus des princes du sang par son rang de petit-fils de France et par la cour que tenoit Monsieur. Le mariage des deux princes du sang, dont je viens de parler, avoit scandalisé tout le monde. Le Roi ne Tignoroit pas, et il jugeoit par là de Feffet d'un mariage sans proportion plus éclatant. 11 y avoit déjà quatre ans qu'il le rouloit dans son esprit, et qu'il en avoit pris les premières mesures. Elles étoient d'autant plus difficiles que Monsieur étoit infiniment attaché à tout ce qui étoit do sa grandeur, et que Madame étoit d'une nation qui abhorroit la bâtardise et les mésalliances, et d'un caractère à n'oser se promettre de lui faire jamais goûter ce mariage.

Pour vaincre tant d'obstacles, le Roi s'adressa à Monsieur le Grands qui étoit de tout temps dans sa faniiliurité, pour gagner le chevalier de Lorraine, son frère, qui do tout temps aussi gouvernoit Monsieur. Sa figure avoit été charmante. Le goût de Monsieur n'étoit pas celui dos femmes, et il ne s'en cachoit même pas ; ce môtnc goût lui avoit donné le chevalier de Lorraine pour maître, et il le demeura toute sa vie. Les deux frères ne demandèrent pas mieux que de faire leur cour au Roi par un endroit si sensible, et d'en profiter pour eux-mêmes en habiles gens. Cette ouverture se faisoit dans l'été de 1688. Il ne restoit pas au plus une douzaine de chevaliers de Tordre ; chacun voyoit que la promotion ne se pouvoit plus guère reculer. Les deux frères demandèrent d'en être, et d'y précéder los ducs. Le Roi, qui pour cette prétention n'avoit encore donné

1. Ce titre désignait le grand écuyer, qui était alori Louli da Lorrain*, comte d*Armagnac.

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