‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 58 sur 344 · MARUGB DU DUC DE CHARTRES · texte numérisé non relu

MARUGB DU DUC DE CHARTRES

pour entrer dans Tappartement. Monseigneur et Monsienr s'étoient remis au lansquenet. Le premier me parut tout à son ordinaire; mais rien de si honteux que le visage do Monsieur, ni de si déconcerté que toute sa personne; et ce premier état lui dura plus d'un mois. Monsieur son fils paroissoit désolé, et sa future dans un embarras et une tristesse extrême. Quelque jeune qu'elle fût, quelque prodigieux que fût son mariage, elle en voyoit et en sentoit toute la scène, et en appréhendoit toutes les suites. La consternation parut générale , à un très-petit nombre de gens près. Pour les Lorrains, ils triomphoient. La sodomie et le double adultère les avoient bien servis en les servant bien eux-mêmes. Ils jouissoient de leurs succès, et comme ils en avoient toute honte bue , ils avoient raison de s'applaudir.

La politique rendit donc cet appartement languissant en apparence , mais en effet vif et curieux. Je le trouvai court dans sa durée ordinaire ; il finit par le souper du Roi , duquel je ne voulus rien perdre. Le Roi y parut tout comme à son ordinaire. M. de Chartres étoit auprès de Madame, qui ne le regarda jamais, ni Monsieur. Elle avoit les yeux pleins de larmes, qui tomboient de temps en temps, et quelle essuyoitde même, regardant tout le monde comme si elle eût cherché à voir quelle mine chacun faisoit. Monsieur son fils avoit aussi les yeux bien rouges, et tous deux ne mangèrent presque rien. Je remarquai que le Roi offrit à Madame presque de tous les plats qui étoient devant lui , et qu'elle les refusa tous d'un air de brusquerie qui jusqu'au bout ne rebuta point l'air d'attention et de politesse du Roi pour elle.

Il fut encore fort remarqué qu'au sortir de table et à la fin de ce cercle debout d'un moment dans la chambre du Roi, il fit à Madame une révérence très-marquée et basse, pendant laquelle elle fit une pirouette si juste , que le Roi en se relevant ne trouva plus que son dos, et [elle] avancée d'un pas vers la porte.

Le lendemain, toute la cour fut chez Monsieur, chez Ma-

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