‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 57 sur 344 · APPARTEMENT · texte numérisé non relu

APPARTEMENT

et tout parfaitement éclairé. Au commenceracnt que cela fut établi, le Roi y alloit, et y jouoit quelque temps; mais dès lors il y avoit longtemps qu'il n'y alloit plus ; mais il vouloit qu'on y fût assidu, et chacun s'empressoit à lui plaire. Lui cependant passoit les soirées chez M"'* de Maintenon, à travailler avec différents ministres les uns après \es autres.

Fort peu après la musique finie, le Roi envoya chercher à l'appartement Monseigneur et Monsieur, qui jouoient déjà au lansquenet ; Madame, qui à peine regardoit une partie d'honibre auprès de laquelle elle s'étoit mise; M. de Chartres, qui jouoit fort tristement aux échecs; et M"* de Blois, qui à peine avoit commencé à paroître dans le monde, qui ce soir-là étoit extraordinairement parée, et qui pourtant ne savoit et ne se doutoit même de rien , si bien que, naturellement fort timide et craignant horriblement le Roi, elle se crut mandée pour essuyer quelque réprimande, et entra si tremblante que M*"* de Maintenon la prit sur ses genoux, où elle la tint toujours, la pouvant à peine rassurer. A ce bruit de ces personnes royales mandées chez M*"' de Maintenon, et M"* de Blois avec elles, le bruit du mariage éclata à l'appartement, en même temps que le Roi le déclara dans ce particulier. Il ne dura que quelques moments, et les mêmes personnes revinrent à l'appartement, où cette déclaration fut rendue publique. J'arrivai dans ces premiers instants. Je trouvai le monde par pelotons, et un grand étonnement régner sur tous les visages. J'en appris bientôt la cause, qui ne me surprit pas, par la rencontre que j'avois faite au commencement de l'après-dînée.

Madame se promenoit dans la galerie avec Châteauthiers, sa favorite, et digne de l'être; elle marchoit à grand pas, son mouchoir à la main, pleurant sans contrainte, parlant assez haut, gesticulant et représentant fort bien Gérés après l'enlèvement de sa fille Proserpine, la cherchant en fureur et la redemandant à Jupiter. Chacun , par respect, lui laissoit le champ libre, et ne faisoit que passer

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