‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 60 sur 344 · FORTUNE DB VILLAKS PÈRE. S · texte numérisé non relu

FORTUNE DB VILLAKS PÈRE. S

de France le mieux fait et de la meilleure mine. On se battoît fort de son temps ; il étoit brave et adroit aux armes , et avoit acquis de la réputation fort jeune en dos combats singuliers. Gela couvrit sa naissance aux yeux de M. de Nemours, qui aimoit à s'attacher des braves, et qui le prit comme gentilhomme. Il Testima môme assez pour le pren^ dre pour second au duel qu'il eut contre M. de Deautort, son beau-frère, qui le tua, tandis que Villars avoit tout Tavantage sur son adversaire.

Cette mort renvoya Villars chez lui. Il n*y fut pas longtemps que M. le prince de Conti se l'attacha aussi comme un gentilhomme à lui. Il venoit de quitter le petit collet. Il étoit foible et contrefait, et souvent en butte aux trop fortes railleries de Monsieur le Prince, son frère; il projota de s'en tirer par un combat, et ne sachant avec qui, il imagina d'appeler le duc d'York, maintenant le roi J acqucs d'Angleterre, qui est à Saint-Germain, et qui pour lors étoit on France. Gette belle idée et le souvenir du combat de M. do Nemours lui fit prendre Villars. Il ne put tenir son projet si caché qu'il ne fût découvert , et aussitôt rompu par la honte qui lui en fut faite, n'ayant jamais eu la plus petite chose à démêler avec le duc d'York. Dans les suites il prit confiance en Villars, et lorsque le cardinal Muzarin songea à lui donner sa nièce, ce fut de Villars dont il se servit, et par qui il fit ce mariage. On sait combien il fut heureux et saint ensuite. Villars devint le confident des deux époux et leur lien avec le cardinal, et tout cela avec toute la sagacité et la probité possible.

Une telle situation le mit fort dans le monde, et dans un monde fort au-dessus de lui, parmi lequel, quelque fortune qu'il ait faite depuis, il ne s'est jamais méconnu. Sa figure lui donna entrée chez les dames ; il étoit galant et discret, et cette voie ne lui fut pas inutile. 11 plut à M"** Scarron, qui, sur le trône où elle sut régner longtemps depuis, n*a jamais oublié ces sortes d*amitiés si librement intimes. Villars fut employé auprès des princes d'Allemagne et d'Ita^ lie, et fut après ambassadeur en Savoie, en Danemark et

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