MARÉCHALE DE ROCHEFORT
en Espagne, et réussit et se fit estimer et aimer partout. Il eut ensuite une place de conseiller d'État d'épée, et^ au scandale de Tordre du Saint-Esprit, il fut de la promotion de 1688. Sa femme étoit sœur du père du maréchal de Bellefonds, qui avoit de Tesprit infiniment, plaisante, salée, ordinairement méchante : tous deux fort pauvres, toujours à la cour, où ils avoient beaucoup d'amis, et d'amis considérables.
La maréchale de Rochefort étoit d'une autre étoffe et de la maison de Montmorency, de la branche de Laval. Son père, second fils du maréchal de Boisdauphin, avec très-peu de bien, épousa pour sa bonne mine la marquise de Coislin, veuve du colonel général des Suisses et mère du duc et du chevalier de Coislin, et de Tévêque d'Orléans, premier aumônier du Roi. Elle étoit fille aînée du chancelier Seguier et sœur aînée de la duchesse de Verneuil, mère en premières noces du duc de Sully et de la duchesse du Lude. La maréchale de Rochefort naquit posthume, seule de son lit, en 1646, et M. de Boisdauphin, frère aîné de son père, n*eut point de postérité. Elle épousa en 1662 le marquis, depuis maréchal, de Rochefort Alloigny, peu de mois après que l'héritière de Souvré, sa cousine issue de germaine, eut épousé M. de Louvois.
Cette héritière étoit fille du fils de M. de Courtenvaux, lequel étoit fils du maréchal de Souvré et frère de la célèbre M"* de Sablé, mère de M. de Laval père de la maréchale de Rochefort. M. de Rochefort, qu'elle épousa, étoit ami intime de M. le Tellier et de M. de Louvois, qui lui firent rapidement sa fortune. 11 mourut capitaine des gardes du corps, gouverneur de Lorraine, et désigné général d'armée, en allant en prendre le commandement au printemps de 1676. Il n'y avoit pas un an qu'il étoit maréchal de France, delà promotion qui suivit la mort de M. de Turenne. Cette même protection avoit fait sa femme dame du palais de la Reine.
E^'e étoit belle, encore plus piquante, toute faite pour la €Our, pour les galanteries, pour les intriguer; Fesprit du monde à force d'en être, peu ou point d'ailleurs, et toute
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la bassesse nécessaire pour être de tout et en quelque sorte que ce fût. M. de Louvois la trouva fort à son gré, et elle s'accommoda fort de sa bourse et de figurer par cette intimité. Lorsque le Roi eut et changea de maîtresses, elle fut toujours leur meilleure amie ; et quand il lia avec M"** de Soubîse, c'étoit chez la maréchale qu*elle alloit, et chez qui elle attendoit Bontemps à porte fermée, qui la menoit par des détours chez le Roi. La maréchale elle-même me Fa conté, et comme quoi elle fut un jour embarrassée à se défaire du monde que M"* de Soubise trouva chez elle, qui n*avoit pas eu le temps de Tavertir ; et comme elle mouroit de peur que Bontemps ne s'en retournât, et que le rendezvous manquât, s'il arrivoit avant qu'elle se fût défaite de sa compagnie.
Elle fut donc amie de M**' de la Vallière, de Montespan et de Soubise, et surtout de la dernière, jusqu'au temps où j'ai connu la maréchale, et le sont toujours demeurées intimement. Elle le devint après de M""* de Maintenon, qu'elle avoit connue chez M"' de Montespan, et à qui elle s'attacha à mesure qu'elle vit arriver et croître sa faveur. Elle éloit telle au mariage de Monseigneur que le Roi n'eut pas honte de la faire dame d'atour de la nouvelle Dauphine ; mais n'osant aussi l'y mettre en plein, il ne put trouver mieux que la maréchale de Rochefort pour y être en premier, et pour s'accommoder d'une compagne si étrangement inégale, et avoir cependant pour elle toutes les déférences que sa faveur exigeoit. Elle y remplit parfaitement les espérances qu'on en avoit conçues, et sut néanmoins avec cela se concilier l'amitié et la confiance de Madame la Dauphine jusqu'à sa mort, quoiqu'elle ne pût souffrir M"^ de Maintenon, ni M"* de Maintenon cette pauvre princesse.
Une femme si connue du Roi, et si fort à touf ^s mains, étoît son vrai fait pour mettre auprès de M"* la duchesse de Chartres, qui entroit si fort de travers dans une famille, tellement au-de? «us d'elle, et avec une belle-mère, outrée, et qui n'étoit pas femme à contraindre ses mépris. Si une maréchale de France, et de cette qualité, avoit surpris le