COMTE ET COMTESSE DE MAILLY
monde dansla place de dame d'atour de Madamela Dauphine, ce fut bien un autre étonnement de lavoir dame d'honneur d'une bâtarde petite-fille de France. Aussi se fit-elle prier, avec cette pointe de gloire qui lui prenoit quelquefois, mais qui plioit le moment d'après. Elle étoit fort tombée par la mort de M. de Louvois, quoique M. de Barbezieux eût pour elle les mêmes égards qu'avoit eus son père. Tout ce qu'elle gagna à ce premier refus fut une promesse d'être dame d'atour lorsqu'on marieroit M*' le duc de Bourgogne.
M™ de Mailly étoit une demoiselle de Poitou qui n'avoit pas de chausses, fille de Sainte-Hermine, cousin issu de germain de M"' de Maintenon. Elle l'avoit fait venir de sa province demeurer chez elle à Versailles, et l'avoit mariée, moitié gré, moitié force, au comte de Mailly, second fils du marquis et de la marquise de Mailly, héritiers de Montcavrel, qui mariés avec peu de biens étoient venus à bout avec l'âge, à force d'héritages et de procès, d'avoir ce beau marquisat de Nesle, de bâtir l'hôtel de Mailly, vis-à-vis du pont Royal, et de faire une très-puissante maison. Le marquis de Nesle, leur fils aîné, avoit épousé malgré eux la dernière de l'illustre maison de Coligny. 11 étoit mort devant Philisbourg en 1688, maréchal de camp, et n'avoit laissé qu'un fils et une fille. C'étoit à ce fils que les marquis et marquise de Mailly vouloient laisser leurs grands biens. Ils avoient f roqué un fils et une fille, et fait prêtre malgré lui un autre fils ; une autre fille avoit épousé malgré eux l'aîné de la maison de Mailly.
Le comte de Mailly, qui leur avoit échappé, ils ne vouloient lui rien donner, ni le marier. C'étoit un homme de beaucoup d'ambition, qui se présentoit à tout, aimable s'il n'avoit pas été si audacieux, et qui avoit le nez tourné à a fortune. C'étoit une manière de favori de Monseigneur, ^v ec ces avances, il se voulut appuyer de M"* de Maintenon, pour sa fortune et pour obtenir un patrimoine de son père : c'est ce qui fit le mariage, en faisant espérer monts et merveilles aux vieux Maillis, qui vouloient du présent, et sentoient en gens d'esprit que, le mariage fait, on les laisseroit