‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 71 sur 344 · DE SBPT MARÉCHAUX DE FRANCE · texte numérisé non relu

DE SBPT MARÉCHAUX DE FRANCE

la faire mettre dans un couvent, et de lui faire entendre, s'il avoit peine à s'y résoudre, que le bâton qu'il lui destinoit étoit à ce prix.

Ce que le Roi avoit prévu arriva. Le duc do Ghoiseul , excellent homme de guerre , étoit d^ailleurs un assez pauvre homme et le meilleur homme du monde. Quoique vieux , un peu amoureux de sa femme, qui lui faisoit accroire une partie de ce qu'elle vouloit, il ne put se résou* dre à un tel éclat, tellement que M. de la Rochefoucauld, à bout d'éloquence, fut obligé d'en venir à la condition du bâton. Gela même gâta tout. Le duc de Ghoiseul s'indigna que la récompense de ses services et de la réputation qu'il avoit justement acquise à la guerre se trouvât attachée à une affaire domestique qui ne regardoit que lui, et refusa avec une opiniâtreté qui ne put être vaincue. 11 lui en coûta le bâton de maréchal de France, dont le scandale public éclata. Ce qu'il y eut de pis pour lui, c'est que sa femme bientôt après fut chassée, et qu'elle en fit tant que le duc de Ghoiseul enfin n'y put tenir, la chassa de chez lui et s'en sépara pour toujours.

Maulevrier avoit beaucoup de réputation à la guerre, et il la méritoit. Elle lui avoit valu l'ordre malgré M. de Louvois, un gros gouvernement et force commandements en chef. Le Roi le crut assez récompensé, et le laissa. Ce pauvre homme en conçut une si violente douleur qu'il ne survécut pas deux mois à la promotion de ces sept cadets. Groissy, son frère, ministre et secrétaire d'État, en fut outré, mais E n'osa le trop paroltre.

Montai étoit un grand vieillard de quatre-vingts ans, |[ui avoit perdu un œil à la guerre, où il avoit été courert de coups. 11 s'y étoit infiniment distingué, et souvent ^n des commandements en chef considérables. Il avoit acquis beaucoup d'honneur à la bataille de Fleurus, eten« core plus de gloire au combat de Steinkerke, qu'il avoit rétabli. Tout cria pour lui, hors lui-môme. Sa modestie et sa^ sagesse le firent admirer. Le Roi môme en fut touché, et lui promit de réparer ce tort qu'il lui avoit lait. Il

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