MORT DE MADEMOISELLE
s'en alla quelque peu chez lui, puis revint et servit par les espérances qui lui avoicnt été données, et qui furent trompeuses jusqu'à sa mort.
Mademoiselle, la grande Mademoiselle, qu'on appeloit pour la distinguer de la fille de Monsieur, ou pour l'appeler par son nom. M"' de Monpensier, fille aînée de Gaston, et seule de son premier mariage, mourut en son palais de Luxembourg, le dimanche 5 avril, après une longue maladie de rétention d'urine, à soixante-trois ans, la plus riche princesse particulière de l'Europe. L6 Roi l'avoit visitée, et elle lui avoit fort recommandé M. de Joyeuse, comme son parent , pour être fait maréchal de France. Elle cousinoit et distinguoit et s'intéressoit fort en ceux qui avoient l'honneur de lui appartenir, en cela, bien que très-altière , fort différente de ce que les princes du sang sont devenus depuis à cet égard. Elle portoit exactement le deuil de parents même très-médiocres et très-éloignés , et disoit par où et comment ils l'étoient. Monsieur et Madame ne la quittèrent presque point pendant sa maladie. Outre la liaison qui avoit toujours été entre elle et Monsieur, dans tous les temps, il muguetoit sa riche succession, et fut en efTet son légataire universel. Mais les plus gros morceaux avoient échappé.
Les Mémoires publics de cette princesse montrent à découvert sa foiblesse pour M. de Lauzun, la folie de celui-ci de ne l'avoir pas épousée dès qu'il en eut la permission du Roi, pour le faire avec plus de faste et d'éclat. Leur désespoir de la rétractation de la permission du Roi fut extrême, mais les donations du contrat de mariage étoient faites et subsistèrent par d'autres actes. Monsieur, poussé par Monsieur le Prince, avoit pressé le Roi de se rétracter, mais M"* de Montespan et M. de Louvois y eurent encore plus de part, et furent ceux sur qui tomba toute la fureur de Mademoiselle et la rage du favori ; car M. de Lauzun l'étoit. Ce ne fut pas pour longtemps : il s'échappa plus d'une fois avec le Roi, plus souvent encore avec la mattresse , et donna beau jeu au ministre pour le perdre. Il
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vint à bout de h fairo arriHor ot conduiro à Pignorol, où il fut extrêmement maltraiti^ par ses onlros, ot y domourn [ dix ans. L*amour de Mademoiselle ne serolVoidit point pour • Vabsence. On sut en profiter pour fain> un grand iHa* blissement à M. du Maine, à ses dt^pons et à ceux do M. d< Lauzun, qui en acheta sa liberti^. Eu, \umalo, Donibos ol d'autres terres encore furent données à M. du Maino, au f;rand regret de Mademoiselle. Et ce fut sous ce priHoxto de reconnaissance que, pour élever de plus en plus les bAtards, le Roi leur fit prendre la livrée de Madenu)isollo, qui étoit celle do Monsieur Gaston. Cet héritier forcé lui M toujours fort peu agréable, et elle étoit toujours sur la défensive pour le reste de ses biens, que le Uoi lui vouloit arracher pour ce fils bien-aimé.
Les aventures incroyables de M. de I.auxun, qui avoit sauvé la reine d'Angleterre et le prince do (inllos, Tavoient ramené à la cour. Il s'étoit brouillé avec Miulonioisollo, toujours jalouse de lui, qui, mémo à la mort, iu> le voulut pas voir. Il avoit conservé Thiers et Saint-Kargoau do stm dons. Il laissoit toujours entendre qu'il avoit épousé Mademoiselle, et il parut devant le Hoi en grand numtoau, qui le trouva fort mauvais. Après son deuil il no voulut pas reprendre sa livrée, et s'en fit une d'un brun presque^ noir» avec des galons bleus et blancs, pour conserver toujours la tristesse de la perte de MademoiscliOi dont il avoit dos portraits partout.
Cette princesse donna à Monseigneur sa belle maison de Choisy, qui fut ravi d'en avoir une de plaisance où il pût aller seul quelquefois avec qui il voudroit; vingt-doux mille livres à M"*' de Breval et du Cambout, ses filles dlnui* neur ; et des legs pieux, et d'autres à ses domestiques, qui répondirent peu à ses richesBos.
Tous les Mémoires de guerres civiles et les siens propres l'ont trop fait connoitre pour qu'il soit nécessaire d'y rien ajouter ici. Le Roi ne lui avoit jamais bien pardonné la journée de Saint-Antoine, et je l'ai ouï lui reprocher une fois, à son souper, en plaisantant, mais un peu fortement^