‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiés (volume 4)Chapitre 73 sur 344 · S MORT DE MADEMOISELLE · texte numérisé non relu

S MORT DE MADEMOISELLE

d^avoir fait tirer le canon de la Bastille sur ses troupes. Elle fut un peu embarrassée, mais elle ne s'en tira pas trop mal.

Sa pompe funèbre se fit en entier, et son corps fut gardé plusieurs jours, alternativement par deux heures, par une îuchesse ou une princesse et par deux dames de qualité, iDutes en mantes, averties, de la part du Roi, par le grand maître des cérémonies ; à la différence des filles de France, qui en ont le double ainsi que d'évêques, en rochet et camail, et des princesses du sang, qui ne sont gardées que par leurs domestiques. La comtesse de Soissons refusa d*y aller; le Roi se fâcha, la menaça de la chasser, et la fit obéir.

Il y arriva une aventure fort ridicule. Au milieu de la journée et toute la cérémonie présente. Fume, qui étoit sur une crédence, et qui contenoit les entrailles, se fracassa avec un bruit épouvantable et une puanteur subite et intolérable. A rinstant voilà les dames les unes pâmées d'effroi, les autres en fuite. Les hérauts d'armes, les feuillants qui psalmodloient s'étoufifoient aux portes avec la foule, qui gagnoit au pied. La confusion fut extrême. La plupart gagnèrent le jardin et les cours. C'étoient les entrailles mal embaumées qui, par leur fermentation, avoient causé ce fracas. Tout fut parfumé et rétabli, et cette frayeur servit de risée. Ces entrailles furent portées aux Célestins,le cœur au Val-de-Grâce, et le corps conduit à Saint-Denis par la duchesse de Chartres, suivie de la duchesse de la Ferté, de la princesse d'Harcourt et de dames de qualité ; celles de M"* la duchesse d'Orléans suîvoient dans le carrosse de cette princesse. Les cours assistèrent au service à Saint- Denis quelques jours après, où Tarchevèque d'Alby officia. L'abbé Anselme, grand prédicateur, fit l'oraison funèbre. Mademoiselle, fille de Monsieur, suivie de la duchesse de Ventadour et de la princesse de Turenne, sa fille, avoit conduit le cœur : toutes distinctions au-dessus des princesses du sang, par ce rang de petite-fille de France que mon père lui fit donner par le feu Roi, étant lors seule de la famille royale.

[1693] BISTRIBCTIOX DES ARMÉES. 4^

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