CHAPITRE PREMIER
Marsin, au refus de Villars, va commander l'armée d'Italie sous M. le duc d'Orléans, qui part pour l'Italie. — Mesdames de Savoie, et incontinent après Monsieur de Savoie, sortis de Turin, défendu par le comte de Thun. — Folles courses de la Feuillade après le duc de Savoie. — Duc d'Orléans passe au siège, dont il est peu content. — Mauvaise conduite de la Feuillade, fort haï. — Duc d'Orléans joint Vendôme, et n'en peut rien tirer. — Vendôme à Versailles. — Vendôme part pour Flandres, avec une lettre du roi, pour donner l'ordre et commander k tous les maréchaux de France. — Villeroy à Versailles sans avoir vu Vendôme, et ne voit point Chamillart, avec qui I il se brouille, et tombe en disgrâce. — Guiscard, sans lettre de service, retiré chez lui; seul sans nouvelles lettres de service. — Puységur à Versailles et en Flandres. — Traitement des ducs en pays étrangers ; usurpations de rang de l'électeur de Bavière ; traitements entre lui et M. de Vendôme. — Villars, quoique affoibli, prend l'île du Marquisat, où Streff est tué. — Caraman assiégé dans Menin, et le rend. — Jolie action du chevalier du Rosel. — Ath pris par les ennemis. — Séparation des armées en Flandres. — Le Roi, amusé sur le voyage de Fontainebleau, ne le fait point cette année. — Kercado, maréchal de camp, tué; Talon, Polastron, Rose, colonels, morts en Italie, et le prince de Maubec, colonel de cavalerie.
On sut bientôt le changement qui regardoit le commandement de Tarmée d'Italie sous M. le duc d'Orléans. Villars n'en voulut point tâter; il ne s'accommoda point de prendre l'ordre de M. de Vendôme,, et aussi peu d'être sous un jeune prince : il étoit parvenu aux richesses et aux plus grands honneurs. Sans balancer, il leur mit le marché à la main, et répondit tout net que le Koi étoit le maître de lui ôter le commandement de l'armée du Rhin, Saint-Simon v. i
2 M. LE DUC d'ORLÉANS PART POUR l'ITALIE. [1706]
le maître de remployer et de ne l'employer pa&y mais que d'aller en Italie il ne pouvoit s'y résoudre, et qu^il supplioit le Roi de Ten dispenser. Un autre que l'heureux Vîllars eût été perdu; de lui ou des conjonctures, tout fut trouvé bon. Le même courrier lui fut renvoyé avec ordre de demeurer à la tête de son armée,, et un- autre àMarsin portant*, dès qu'il y seroit arrivé (et qu'on ne savoit où prendre par les. chemins), de s'en aller en Italie par la Suisse au lieu de Villars. Le Roi exigea de M. le duc d'Orléans la même parole à l'égard de celui-ci qu'il lui avoit fait donner pour l'autre. Il l'entretint longtemps à Marly, le mercredi matin 30 juin. M. te duc d'Orléans prit congé, et s'en alla à Paris^ d'où il partit te lendenifain avec vingt-huit chevaux et cinq diaise^ pour arriver en trois jours à Lyon, et pousser de là,^ sans s'arrêter, en Italie.
Mesdames de Savoie sortirent de bonne heure de Turin, et se retirèrent à CodL Monsieur de Savoie reçoit assez mal les offres de sôrelé pour toits les lîetix ou elles voudroîent aller et demeurer, que la Feufllade lui envoya faire de la part du Roi : fl. répondit sèchement qu'elles étoiefit bieui où elles étoienL LuiNnême quitta Turin à la fin de juin; il en laissa le eommandement au comte de Thun, qui ne s'en acquitta que trop bien, et qui longtemps depuis a été gouverneur du Milanois. Monsieur de Savoie emmena toute sa cour,, ses équipages el ses trois mille chevaux,, et n'y en laissa que cinq cents, et vingt hussards. Il se mit à courir le pays, dans Fopinion que la Feuillade le suivroît,. et se dîstraîroit du siège pour tâcher de le prendre. C'est en effet ce qui arriva : il laissa le eommandément dix siège à son ami Ghamarande, qui fut sa dupe toute sa vie, et se mit aux ehamps. II alla s^amuser devant Quérasque,. et envoya d'ETstaing prendre Asti, qui, depuis la méprise de son seerétaîre, étoît demeuré aux ennemiSy et où lui-même avoit échoué, eomm« on Fa vu cidevant.
1. Ce mot n*cst qu'une conjecture : le manuscrit porte une abréviation peu ioticIli^bTe, comTnençant par «m P.