PELLETIER PREMIER PRÉSIDENT
Rochefoucauld, son ami intime, et qui avoit coûté les sceaux au premier président, se pavanoit par avance, tandis que son camarade Pelletier, soutenu du crédit de son père, étoit introduit par la chatière de la main de Saint-Sulpice, Monsieur de Chartres à leur tête, ayant pour adjoints les ducs de Chevreuse et de Beauvillier. Cette protection, qui auprès du Roi et de M" de Maintenon avoit également le mérite antijanséniste, l'emporta sur celle des jésuites pour Argenson. Pelletier ne tenoit au Roi par rien dont il eût peine à se passer comme de Tautre; il avoit le même mérite à Tégard du jansénisme, et M"" de Maintenon y alla tête baissée, pour Tamour de Monsieur de Chartres. Les deux ducs, chose rare depuis longtemps, la secondèrent en cette occasion : ils étoient demeurés amis intimes de Pelletier, le ministre d'État retiré; et le Roi, quîTavoit aussi toujours aimé, ne résista point au plaisir de lui donner dans sa retraite la joie de voir son fils premier président, qui étoit tout ce qu'il auroit pu lui procurer de plus considérable s'il étoit demeuré contrôleur général et dans tous les conseils. Pelletier fut donc choisi.
Sa charge de président à mortier, qui ne lui avoit coûté que trois cent mille livres, fit un autre mouvement dans la robe. La réputation que Portail s'étoit acquise dans la charge d'avocat général lui aida beaucoup à l'emporter. 11 en donna cinq cent mille livres, qui remplirent le brevet de retenue de Harlay; et Gourson, second fils du président Lamoignon, fut préféré pour la charge d'avocat général, pour apaiser M. de la Rochefoucauld et donner quelque consolation au père de n'être pas premier président. Tous ces Messieurs-là reviendront sous ma plume. En attendant, je donnerai une idée de ce nouveau premier président.
Peu de mois avant qu'il le fût, il vint un soir à Versailles chez M. Chamillart, qui, à son ordinaire, étoit seul à table dans sa chambre avec quelques familiers, et se déshabilloit devant eux en sortant de souper. Pelletier y vint tout