ÉTRANGES ABUS
qui ils ne prétendoient qu'un tabouret; et comme tout s'étend en France sans autre droit que de Toser, les deux autres filles du Roi, toujours blessées du rang si supérieur au leur de leur sœur cadette, se mirent sur le même pied de ne voir la cour d'Angleterre qu'avec des fils ou des filles de France ; puis d'elles, qui étoient princesses du sang par leurs maris, les autres princesses du sang en ont toujours usé de même. Le Roi le soufi'roit, et le roi et la reine d'Angleterre n'étoient pas en situation de s'en plaindre. C'étoit donc un demi-droit, en M. le duc d'Orléans, que cette prétention telle qu'elle pût être; et à l'égard des pays étrangers, il ne donnoit pas la main, et ne rendoit pas la visite qu'il recevoit des ambassadeurs, comme faisoient les princes du sang. Les cardinaux étrangers, même romains, lui écrivoient Monseigneur, et Altesse Royale; et lorsqu'il écrivoit aux rois, excepté celui de France, il ne les traitoit point de Sire^ mais de Monseigneur, Toutes ces raisons lui parurent bonnes pour ne faire point de façons sur le fauteuil que la reine douairière d'Espagne lui fit présenter. Le Roi ne le trouva point mauvais, et en Espagne on n'osa s'en plaindre.
Ce qui en résulta au contraire fut qu'on s'y piqua de ne faire pas moins qu'à Rayonne, en sorte que don Gaspar Giron, le premier des quatre majordomes du Roi, alla avec des carrosses et des équipages du Roi au-devant de lui jusqu'à Burgos, c'est-à-dire de Madrid comme qui iroit d'ici presqu'à Poitiers, et que sur la route, et partout, il fut reçu en infant d'Espagne. Il en eut le traitement entier, à la cour, du Roi, de la Reine, des injants, des grands et de tout le monde, sans que cela y ait fait, ni ici, la moindre difficulté. Mais voici ce que les excès deviennent: ils en font naître sans fin ; et il vaut mieux le dire ici tout de suite.
Lorsque la reine veuve du roi Louis I" d'Espagne, fille de M. le duc d'Orléans, par conséquent princesse du sang, passa à Rayonne, la reine douairière d'Espagne trancha toute difiiculté, et la traita comme déjà mariée et comme