‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 117 sur 311 · NÉS DES FAUTEUILS DE BAYONNE · texte numérisé non relu

NÉS DES FAUTEUILS DE BAYONNE

princesse des Astiiries. Elle s'appuyoit sur l'exemple de M"* la duchesse de Bourgogne, que, par même raison de couper court à tout, le Roi traita et la fit totalement jouir du même rang que si elle eût déjà été mariée. Vint après M"* de Beaujolois, aussi fille de M. le duc d'Orléans, allant épouser l'autre infant. Sur l'exemple que je viens de rapporter, elle fut traitée de même; mais la duchesse de Duras, qui étoit chargée de sa conduite, et qui avoit mené avec elle la duchesse de Fitz-James sa fille, depuis duchesse d'Aumont, ne se trouva point, ni sa fille, à cette séance, parce qu'elle n'avoit pas eu ordre de vivre autrement avec M"* de Beaujolois qu'avec une princesse du sang, et laissa auprès d'elle sa gouvernante. A la rupture, M"* de Beaujolois fut renvoyée en France avec sa sœur, veuve alors du roi Louis I". La princesse de Berghes, veuve d'un grand d'Espagne, et la marquise de Gonflans, furent envoyées avec les équipages du Roi à Saint-Jean de Luz, pour les ramener en France, l'une comme camarera-mayor de la petite reine, l'autre choisie par M"* la duchesse d'Orléans pour être gouvernante de M"" de Beaujolois sa fille. M. le duc d'Orléans n'étoit plus, et il étoit régent au premier passage; mais Monsieur le Duc étoit premier ministre, et quelque chose de plus, et en même temps prince du sang. La reine douairière d'Espagne ne pouvoit plus considérer M"* de Beaujolois comme mariée et comme infante, ainsi qu'elle avoit fait la première fois. Il n'y avoit point eu de mariage, et elle étoit renvoyée; elle n'étoit donc plus que princesse du sang.

Cela embarrassa la reine douairière, qui à la fin se résolut, pour obliger Monsieur le Duc dans sa puissance, qui toutefois n'y avoit pas seulement pensé, elle se résolut, dis-je, à donner un fauteuil à M"* de Beaujolois et à la traiter comme la première fois, sous prétexte que ses propres malheurs la rendoient sensible à celui de cette princesse, à qui elle ne le vouloit pas appesantir par la différence du traitement de son premier passage.

Elle habitoit une très-petite maison de campagne à la

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porte de Bayonne, et elle y recevoit le monde dans un petit salon, où je Tai aussi vue, de plein pied à un grand et beau jardin. Après les premières embrassades de la reàrie douairière à la petite reine et à M"* de Beaujolois, la reine douairière proposa à la princesse de Berghes d'aller voir son jardin, et à la duchesse de Linarez, sa camareramayor, de Ty mener. Elles étoient averties; elles firent dans l'instant la révérence et entrèrent dans le jardin, après quoi la reine douairière fit apporter trois fauteuils. La marquise de Gonflans y demeura debout avec les autres dames de la reine douairière. La visite finie, on fit appeler les deux dames qui étoient au jardin; elles ne trouvèrent plus de fauteuils en rentrant : on étoit debout et aux embrassades pour prendre congé.

Parle chemin, M"* de Beaujolois vécut en princesse du sang; mais arrivées à Paris, elles trouvèrent que ce fauteuil y avoit fait grand bruit, et que là-dessus les princesses du sang le prétendoient chez la reine d'Espagne. M"* la duchesse d'Orléans, dont les enfants n'étoient plus petitsfils de France, trouvoit la prétention fort raisonnable, d'autant qu'elle en formoit de plus étranges pour ellemême, jusqu'à ne pas vouloir que les gardes de la reine sa fille prissent la salle de ses gardes quand elle la venoit voir au Palais-Royal, tandis qu'à Versailles on ne leur disputa pas d'être mêlés avec ceux du Roi, et la droite dans leur salle. Cette prétention du fauteuil, soutenue de l'autorité d'un prince du sang pleinement administrateur de l'État, suspendit les visites. On écrivit en Espagne, d'où il vint défense à la reine d'Espagne de donner des fauteuils, même à M""* la duchesse d'Orléans sa mère, qui depuis ne l'a plus vue qu'en particulier, et pas un prince ni princesse du sang ne l'ont visitée, si ce n'est M. le duc d'Orléans et Mesdemoiselles ses sœurs, mais en dernier particulier.

Voilà où conduisent des complaisances mal entendues. M"* la duchesse d'Orléans n'a jamais eu ni prétendu qu'un tabouret devant les filles de France, même cadettes,

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