‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 120 sur 311 · RÈGLEMENT CONTRE LE LUXE DES ARMÉES · texte numérisé non relu

RÈGLEMENT CONTRE LE LUXE DES ARMÉES

Prince se mit sur le premier, à la droite du roi d'Angleterre; don Juan, rageant de colère et de honte, sur le premier à la gauche, et la compagnie sur les autres. Voilà un trait bien éloigné de la prétention du fauteuil. Il fit un honneur infini à Monsieur le Prince, et procura depuis au roi d'Angleterre les respects que lui devoit don Juan, et dont, après cet exemple si public et si fort parlant à lui; il n'osa plus s'écarter.

A propos de tables, le luxe de la cour et de la ville étoit passé avec tant d'excès dans les armées, qu'on y portoit toutes les délicatesses inconnues autrefois dans les lieux du plus grand repos. Il ne se parloit plus que de haltes chaudes dans les marches et dans les détachements, et les repas qu'on portoit à la tranchée pendant les sièges étoient non-seulement abondants dans tous leyrs services, mais les fruits et les glaces qu'on y servoit avoicnt l'air des fêtes, avec une profusion de toutes sortes de liqueurs. La dépense ruinoit les officiers, qui, les uns pour les autres, s'efiforçoient à l'envi de paroîtra magnifiques ; et les choses nécessaires à porter et à faire quadruploient leurs domestiques et les équipages de l'armée, qui l'afifamoient souvent. 11 y avoit longtemps qu'on s'en plaignoit, ceux même qui faisoient ces dépenses, qui les ruinoient, sans qu'aucun osât les diminuer. A la fin, le Roi fit ce printemps un règlement qui défendit aux lieutenants généraux d'avoir plus de quarante chevaux d'équipage, aux maréchaux de camp plus de trente, aux brigadiers plus de vingt-cinq, et aux colonels plus de vingt. Il eut le sort de tant d'autres faits sur le même sujet. 11 n'y a pays en Europe où il y ait tant de si belles lois et de si bons règlements, ni où l'observation en soit de si courte durée : on ne tient la main à aucun, et il arrive que souvent, même dès la première année, tout est enfreint, et qu'on n'y pense plus dès la seconde.

On a vu p. 594^ que la révolte de Gahors, qui avoit

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