‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 128 sur 311 · GOUVERNEMENT DE LA GASTILLE · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT DE LA GASTILLE

ne (ievient arrêt qu*en ce moment; sinon il ordonne au conseil de la revoir et de lui en rendre compte une autre fois, ou il renvoie l'affaire à des commissaires qu'il choisit, ou à un autre conseil, comme celui des finances, des Indes ou autre pareil. Quelquefois il casse la sentence; rarement, mais il le peut, et cela est quelquefois arrivé, il rend de son seul avis un arrêt tout contraire, qui s'écrit là sur-le-champ, et qu'il signe. Il n'entre point dans tout ce qui est procédure ou interlocutoire, à moins qu'il'n'ait reçu des plaintes et qu'il veuille en être informé, mais seulement dans les décisions. Ainsi il est vrai de dire que ce conseil de Castille, si suprême, n'a que voix consultative, et de soi ne rend* que des sentences, et que c'est le Roi seul qui juge et décide tous les procès et les questions.

Après cette séance, qui ne va guère à deux heures, le Roi se lève; tous se mettent à genoux, et il sort de la pièce, où il les laisse. Dans la joignante il trouve ses grands officiers et sa cour. Le chef du conseil de Castille le suit; je dis chef, parce que c'est ou un président ou un gouverneur, et j'en ai expliqué la différence en parlant de la dignité des grands; ce chef, dis-je, le suit. Le Roi s'arrête dans une des pièces de son appartement, où il trouve un fauteuil, une table avec une écritoire et du papier à côté, et vis-à-vis tout près un petit banc nu de bois, fort court. L'accompagnement du Roi passe outre, et l'attend dans la pièce voisine. U se met dans le fauteuil, et le chef sur ce petit banc nu, et là il lui rend compte du conseil même et de tout ce qui passe par lui seul; sur quoi il reçoit ses ordçes. Gela fait, il retourne d'où il étoit venu, et le Roi en même temps passe outre, trouve sa cour dans la pièce voisine, qui le suit jusqu'à la porte de son cabinet.

Ce conseil enregistre les mêmes choses que fait ici le Parlement, mais sans jamais y faire obstacle, et s'il y a quelque remontrance ou observation à faire, il prend son temps lorsqu'il va au palais. Alors il s'explique ou par le

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chef ou par un des conseillers, quelquefois après la séance, par ce chef tête à tête ; et de quelque façon que ce soit, la volonté du Roi entendue, il est ohéi sans délai et sans plus lui en parler. Il consulte assez souvent le conseil avant de faire certaines choses, avec liberté d'en suivre après ravis ou non. Il est donc difficile de pousser plus loin et l'effet et l'apparence du despotisme.

En Aragon, c'est tout le contraire pour cette couronne et pour toutes les provinces qui en dépendent. Les lois qui y sont en vigueur ne peuvent recevoir d'atteinte ; le Roi ne peut toucher à aucun privilège public ni particulier. Les états généraux y sont les maîtres des impositions dans toutes leurs parties, qui refusent presque toujours ce qu'on y voudroit ou innover ou augmenter, et ils ont la même délicatesse sur tout ce qui est édits et ordonnances, qui ne peuvent être exécutées* non-seulement sans leur consentement, mais sans leur ordre. Le tribunal suprême réside à Saragosse, qui est pour l' Aragon et tout ce qui en dépend comme est le conseil de Gastille dans ce royaume et ses dépendances. Le chef de ce tribunal, qui, comme en Gastille, est un grand, et peut aussi être un homme de robe , avec moins de consistance alors, est tout un autre personnage que le président ou le gouverneur du conseil de Gastille. Il se nomme non \e justicier, mais le justice, comme étant lui-même la souveraine justice, il ne peut être ni déposé, ni suspendu, ni écorné en quoi que ce soit. Il préside également au tribunal suprême et aux états quand ils sont assemblés, et qui quelquefois s'assemblent ou par lui ou d'eux-mêmes, sans que le Roi puisse l'empêcher. G'est dans ces états assemblés que le nouveau roi prête le serment entre les mains du justice, qui lui dit, étant assis et couvert, cette formule mot à mot et lentement, tout haut, en sorte que toute l'assemblée l'entende : Nous qui valons autant que vous, vous acceptons pour noire roi^ à condition du maintien de

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