PENSIONS À M. ET À M"** DE VAUDEMONT
établi et qui revient tout nu. Cela ne leur parut pas le plus difficile, et en effet ils furent si bien servis, que tout en arrivant le Roi donna quatre-vingt-dix mille livres de pension à M. de Vaudemont, et qu'il écrivit aussi au roi d'Espagne pour lui recommander ses intérêts. Ils se trouvèrent encore en meilleure main auprès de M"* des Ursins, qui nonobstant Tétat fâcheux des finances et des affaires d'Espagne, où tout manquoit, comme on Ta vu à l'occasion des suites de la bataille d'Almanza, elle^ voulut montrer à M"** de Maintenon ce qu'elle pouvoit sur elle, et fit donner, tant à M. qu'à M'"* de Vaudemont, cent quatrevingt-dix mille [livres] de pension, llavoit fait sa révérence au Roi le 10 mai; le 15 juin la réponse d'Espagne étoit arrivée. On auroit pu croire que deux cent quatre-vingt mille livres de rente auroient dû suffire et les contenter; ce ne fut pas tout, et il faut le dire tout de suite, pour ne pas revenir au pécuniaire.
M. de Vaudemont avoit eu une patente de prince de l'Empire de l'empereur Léopold, qui lui avoit fait changer son titre de comte de Vaudemont en celui de prince. On a vu ses liaisons si longtemps intimes à Vienne, et depuis si peu encore, son fils unique mort en Italie feld-maréchal des armées impériales, et la seconde personne de celle de Lombardie. Les mêmes liaisons, il les avoit conservées plus à découvert et avec plus de bienséance avec les deux ducs de Lorraine père et fils. 11 avoit, en traitant avec le prince Eugène du retour de nos troupes, demandé une pension pour le duc de Mantoue, que l'Empereur dépouilloit totalement, et une pour Madame de Mantoue : il fut durement refusé de la première; il obtint la seconde, et le prince Eugène convint qu'elle seroit de vingt mille écus. Madame de Mantoue partit aussitôt, pour aller attendre à Soleure la permission d'aller en Lorraine se mettre aux Filles de Sainte-Marie de Pont-à-Mousson, et M'" de Vaudemont, sa sœur de père, l'accompagna dans ce voyage,