‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 162 sur 311 · MORT DE M"* DE IIONTESPAN · texte numérisé non relu

MORT DE M"* DE IIONTESPAN

amoureux d'elle, sans toutefois Tavolr jamais voulu revoir depuis le premier éclat. Je ne parlerai point non plus des divers degrés que la peur du diable mit à reprises à sa séparation de la cour, et je parlerai ailleurs de M"* de Maintenon, qui lui dut tout, qui prit peu à peu sa place, qui monta plus haut, qui la nourrit longtemps des plus cruelles couleuvres, et qui enfin la relégua de la cour. Ce que personne n'osa, ce dont le Roi fut bien en peine, M. du Maine, comme je Tai dit ailleurs, s'en chargea; Monsieur de Meaux acheva : elle partit en larmes et en furie, et ne Fa jamais pardonné à M. du Maine, qui par cet étrange service se dévoua pour toujours le cœur et la toute-puissance de M"* de Maintenon.

La maîtresse, retirée à la communauté de Saint-Joseph, qu'elle avoit bâtie, fut longtemps à s'y accoutumer. Elle promena son loisir et ses inquiétudes à Bourbon, à Fontevrault, aux terres de d'Antin, et fut des années sans pouvoir se rendre à elle-même. A la fin Dieu la toucha. Son péché n'avoit jamais été accompagné de l'oubli : elle quittoit souvent le Roi pour aller prier Dieu dans un cabinet; rien ne lui auroit fait rompre aucun jeûne ni un jour maigre; elle fit tous les carêmes, et avec austérité quant aux jeûnes, dans tous les temps de son désordre ; des aumônes, estime des gens de bien, jamais rien qui • approchât du doute ni de l'impiété; mais impérieuse, altière, dominante, moqueuse, et tout ce que la beauté et la toute-puissance qu'elle en tiroit entraîne après soi. Résolue enfin de mettre à profit un temps qui ne lui avoit été donné que malgré elle, elle chercha quelqu'un de sage et d'éclairé, et se mit entre les mains du P. de la Tour, ce général de l'Oratoire si connu par ses sermons, par ses directions, par ses amis, et par la prudence et les talents du gouvernement. Depuis ce moment jusqu'à sa mort, sa conversion ne se démentit point, et sa pénitence augmenta toujours. Il fallut d'abord renoncer à l'attachement secret qui lui étoit demeuré pour la cour, et aux espérances qui, toutes chimériques qu'elles fussent, l'avoient

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toujours flattée. Elle se persuadoit que la peur du diable seule avoit forcé le Roi à la quitter, que cette même peur, dont M"* de Maintenon s'étoit habilement servie pour la faire renvoyer tout à fait, Tavoit mise au comble de grandeur où elle étoit parvenue, que son âge et sa mauvaise santé, qu*elle se figuroit, Ten pouvoient délivrer, qu'alors, se trouvant veuve, rien ne s'opposoit à rallumer un feu autrefois si actif, dont la tendresse et le désir de la grandeur de leurs enfants communs pouvoit aisément rallumer les étincelles, et qui n'ayant plus de scrupules à combattre, pouvoient * la faire succéder à tous les droits de son ennemie.

Ses enfants eux-mêmes s'en flattoient, et lui rendoient de grands devoirs et fort assidus. Elle les aimoit avec passion, excepté M. du Maine, qui fut longtemps sans la voir, et qui ne la vit depuis que par bienséance. G'étoit peu dire qu'elle eût du crédit sur les trois autres ; c'étoit de l'autorité, et elle en usoit sans contrainte. Elle leur donnoit sans cesse, et par amitié et pour conserver leur attachement, et pour se réserver ce lien avec le Roi, qui n'avoit avec elle aucune sorte de commerce, même par leurs enfants. Leur assiduité fut retranchée; ils ne la voyoient plus que rarement et après le lui avoir fait demander. Elle devint la mère de d'An tin, dont elle n'avoit été jusqu'alors que la marâtre; elle s'occupa de l'enrichir.

Le P. de la Tour tira d'elle un terrible acte de pénitence ; ce fut de demander pardon à son mari et de se remettre entre ses mains. Elle lui écrivit elle-même dans les termes les plus soumis, et lui offrit de retourner avec lui si il daignoit la recevoir, ou de se rendre en quelque lieu qu'il voulût lui ordonner. A qui a connu M"*' de Montespan, c'étoit le sacrifice le plus héroïque. Elle en eut le mérite sans en essuyer l'épreuve; M. de Montespan lui fit dire qu'il ne vouloit ni la recevoir, ni lui prescrire rien, ni ouïr

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