MORT DE M"' DE MONTESPAN
Ma mère la voyoit donc de temps en temps à Saint- Joseph , et M"' de Saint-Simon aussi ; aussi à Bourbon lui fit-elle toutes sortes d'amitiés et de caresses, on n'oseroit dire de distinctions, avec cet air de grandeur qui lui étoit demeuré. La maréchale de Cœuvres en étoit mortifiée de jalousie jusqu'à le montrer et Tavouer, et on s'en divertissoit. Je rapporte ces riens pour montrer que Tidée de remplacer M"' de Maintenon, toute chimérique qu'elle fût, étoit entrée dans la tête des courtisans les plus intérieurs, et quelle étoit la leur du Roi et de la cour.
Parmi ces bagatelles, et M"* de Montespan dans une très-bonne santé, eUe se trouva tout à coup si mal une nuit, que ses veilleuses envoyèrent éveiller ce qui étoit chez eUe. La maréchale de Cœuvres accourut des premières, qui la trouvant prête à suffoquer et la tête fort embarrassée, lui fit à l'instant donner de l'émétique de son autorité, mais une dose si forte que Fopération leur en fit une telle peur qu'on se résolut à l'arrêter, ce qui peut-être lui coûta la vie.
Elle profita d'une courte tranquillité pour se confesser et recevoir les sacrements. Elle fit auparavant entrer tous ses domestiques, jusques aux plus bas, fit une confession publique de ses péchés publics, et demanda pardon du scandale qu'elle avoit si longtemps donné, même de ses humeurs, avec une humilité si sage, si profonde, si pénitente, que rien ne put être plus édifiant. Elle reçut ensuite les derniers sacrements avec une piété ardente. Les frayeurs de la mort qui, toute sa vie, l'avoient si continuellement troublée, se dissipèrent subitement et ne l'inquiétèrent plus. Elle remercia Dieu, en présence' de tout le monde, de ce qu'il perme'ttoit qu'elle mourût dans un lieu où elle étoit éloignée des enfants de son péché, et n'en parla durant sa maladie que cette seule fois. Elle ne s'occupa plus que de l'éternité, quelque espérance de guérison dont on la voulût flatter, et de l'état d'une pécheresse dont la crainte étoit tempérée par une sage confiance