‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 168 sur 311 · MORT DE M"* DE MONTISPAN · texte numérisé non relu

MORT DE M"* DE MONTISPAN

en la miséricorde de Dieu, sans regret, et uniquement attentive à lui rendre son sacrifice plus agréable avec une douceur et une paix qui accompagna toutes ses actions.

D'Àntin, à qui on avoit envoyé un courrier, arriva comme elle approchoit de sa fin ; elle le regarda, et lui dit seulement qu'il la voyoit dans un état bien différent de celui où il Tavoit vue à Bellegarde. Dès qu'elle fut expirée, peu d'heures après l'arrivée de d'Antin, il partit pour Paris, ayant donné ses ordres, qui furent étranges pu étrangement exécutés. Ce corps, autrefois si parfait, devint la proie de la maladresse et de l'ignorance du chirurgien de la femme de le Gendre, intendant de Montauban, qui étoit venue prendre les eaux, et qui mourut bientôt après elle-même. Les obsèques furent à la discrétion des moindres valets, tout le reste de la maison ayant subitement déserté. La maréchale de Gœuvres se retira sur-lechamp à l'abbaye de Saint-Menou, à quelques lieues de Bourbon, dont une nièce du P. la Chaise étoit abbesse, avec quelques-unes de la compagnie de M"* de Montespan, les autres ailleurs. Le corps demeura longtemps sur la porte de la maison, tandis que les chanoines de la Sainte- Chapelle et les prêtres de la paroisse disputoient de leur rang jusqu'à plus que de l'indécence. Il fut mis en dépêt dans la paroisse comme y eût pu être celui de la moindre bourgeoise du lieu, et longtemps après porté à Poitiers, dans le tombeau de sa maison à elle, avec une parcimonie indigne. EUe fut amèrement pleurée de tous les pauvres de la province, sur qui elle répandoit une infinité d'aumônes, et d'autres sans nombre de toutes les sortes, à qui elle en distribuoit continuellement.

D'Antin étoit à Livry, où Monseigneur étoit allé chasser et coucher une nuit, lorsqu'il reçut le courrier de Bourbon. En partant pour s'y rendre, il envoya avertir à Marly les enfants naturels de sa mère; le comte de Toulouse î'alla dire au Roi, et lui demander la permission d'aller trouver sa mère : il la lui accorda; et partit aussitôt; mais il ne

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