‹ Mémoires du duc de Saint-Simon publiésChapitre 169 sur 311 · MORT DE M'« DE MONTESPAN · texte numérisé non relu

MORT DE M'« DE MONTESPAN

fut que jusqu'à Montargis, où il trouva un courrier qui apportoit la nouvelle de sa mort, ce qui fit aussi rebrousser les médecins et les autres secours qui Talloient trouver à Bourbon. Rien n'est pareil à la douleur que M"* la duchesse d'Orléans, Madame la Duchesse et le comte de Toulouse en témoignèrent. Ce dernier l'étoit allé cacher de Montargis à Rambouillet. M. du Maine eut peine à contenir sa joie : il se trouvoit délivré de tout reste d'embarras. Il n'osa rester à Marly, mais au bout de deux jours qu'il fut à Sceaux il retourna à Marly, et y fit mander son frère. Leurs deux sœurs, qui s'étoient aussi retirées à Versailles, eurent le même ordre de retour. La douleur de Madame la Duchesse fut étonnante, elle qui s'étoit piquée toute sa vie de n'aimer rien, et à qui l'amour même, ou ce que l'on croyoit tel, n'avoit jamais pu donner de regrets. Ce qui le fut davantage, c'est celle de Monsieur le Duc, qui fut extrême, lui si peu accessible à l'amitié, et dont l'orgueil étoit honteux d'une telle belle-mère. Cela put confirmer dans l'opinion que j'ai expliquée plus haut de leurs espérances, auxquelles cette mort mit fin.

M"* de Maintenon, délivrée d'une ancienne maîtresse dont elle avoit pris la place, qu'elle avoit chassée de la cour, et sur laquelle elle n'avoit pu se défaire de jalousies et d'inquiétudes, sembloit devoir se trouver affranchie ; il en fut autrement : les remords de tout ce qu'elle lui avoit dû, et de la façon dont elle l'en avoit payée, l'accablèrent tout à coup à cette nouvelle ; les larmes la gagnèrent, que, faute de meilleur asile, elle fut cacher à sa chaise percée; M"* la duchesse de Bourgogne, qui l'y poursuivit, en demeura sans parole d'étonnement. Elle ne fut pas moins surprise de la parfaite insensibilité du Roi, après un amour si passionné de tant d'années; elle ne put se contenir de le lui témoigner : il lui répondit tranquillement que, depuis qu'il l' avoit congédiée, il avoit compté ne la revoir jamais, qu'ainsi elle étoit dès lors morte pour lui. Il est aisé de juger que la douleur des enfants qu'il en avoit ne lui plut pas : quoique redouté au dernier point.

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elle eut son cours, et il fut long. Toute la cour les fut voir sans leur rien dire, et le spectacle ne laissa pas d'en être curieux. Un contraste entre eux et la princesse de Gonti ne le fut pas moins, et les humilia beaucoup : celle-ci étoit en deuil de sa tante, M"* de la Vallière, qui venoit de mourir; les enfants du Roi et de M"' de Montespan n'osèrent porter aucun deuil d'une mère non reconnue : il n'y parut qu'au négligé, au retranchement» de toute parure et de tout divertissement, même du jeu, qu'elles s'interdirent pour longtemps, ainsi que le comte de Toulouse. La vie et là conduite d'une si fameuse maîtresse depuis sa retraite forcée m'a paru être une chose assez curieuse pour s'y étendre, et l'effet de sa mort propre à caractériser la cour.

D'An tin, délivré des devoirs à rendre à une mère impérieuse, fut plus sensible à ce soulagement qu'à la cessation de tout ce qu'il tiroit d'elle depuis sa dévotion. Cette raison et celle de ses sœurs bâtardes et du comte de Toulouse, à qui il vouloit plaire, et qui aimoient et rendoient tant à leur mère, l'y rend oit plus attentif. La pénitence la rendoit libérale pour lui; mais son cœur n'avoit jamais pu s'ouvrir sur le fils qu'elle^ avoit eu de son mari : toute la place en étoit prise par ses autres enfants. La contrainte qu'elle se donnoit sur ceux-ci augmentoit sa peine à l'égard de l'autre, pour qui tout étoit par effort. Sa conduite lâchoit la bride à l'humeur, et un autre que d'Antin auroit encore eu le motif de se voir débarrassé d'une mère devenue sa honte et celle de sa maison; mais tel n'étoit pas son caractère : né avec beaucoup d'esprit naturel, il tenoit de ce langage charmant de sa mère et du gascon de .son père, mais avec un tour et des grâces naturelles qui prévenoient toujours. Beau comme le jour étant jeune, il ,en conserva de grands restes jusqu'à la fin de sa vie, mais une beauté mâle et une physionomie d'esprit. Personne n'avoit ni * plus d'agréments, de mémoire, de lu-

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